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Sentiment d’insécurité exprimé par les habitants des quartiers prioritaires de la politique de la ville

✍️ Observatoire national de la politique de la ville (ONPV), Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), Maxime Grosbois - novembre 2025
1 mars 2026 par
Sentiment d’insécurité exprimé par les habitants des quartiers prioritaires de la politique de la ville
Daniel Oberlé - Pratiques en santé Oberlé
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🔍💡 Sentiment d’insécurité dans les quartiers prioritaires : des inégalités sociales et de genre fortes, qui dépassent largement les seules questions de délinquance.
​🚶‍♀️🏙 Plus d’un habitant de QPV sur quatre se sent en insécurité dans son quartier, avec une exposition accrue pour les femmes, les 30–39 ans et les personnes au chômage

Source :   📒 Sentiment d’insécurité exprimé par les habitants des quartiers prioritaires de la politique de la ville     📜🔗LIEN 


1. Résumé analytique

Contexte, publics et enjeux

Le document analyse le sentiment d’insécurité déclaré par les habitants des quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) à partir de l’enquête Cadre de vie et sécurité (CVS) 2021, dernière vague disponible avant le passage à l’enquête VRS. Il compare systématiquement la situation des habitants des QPV à celle des habitants des unités urbaines englobantes et du reste de la population hors QPV. L’enquête interroge 20 000 personnes de 18 à 74 ans, dont 1 693 résidents de QPV, avec redressement Insee et représentativité géographique contrôlée. Le document s’intéresse à la fois au sentiment d’insécurité au domicile et dans le quartier, en l’articulant au genre, à l’âge, au niveau de diplôme, à la situation professionnelle et au lieu de naissance. Il rappelle que les comparaisons 2018–2021 sont fragilisées par un changement de protocole (passage du face-à-face au téléphone en 2021) et par la fin de la série CVS après 2021. L’enjeu central est de caractériser un phénomène de perception fortement socialement situé, plus fréquent en QPV et qui recoupe les profils déjà très exposés aux injures, menaces et discriminations.​

Apports opérationnels pour le terrain

L’étude fournit des taux précis de sentiment d’insécurité par lieu de résidence : 29,4% des habitants de QPV se déclarent en insécurité dans leur quartier, contre 15,2% dans les unités urbaines englobantes et 9,1% hors QPV. Elle documente des écarts marqués entre hommes et femmes, la situation des femmes seules en QPV, les 30–39 ans et les personnes au chômage, identifiés comme groupes prioritaires à cibler dans les actions de prévention et de tranquillité publique. Les tableaux de résultats et l’analyse multivariée par régression logistique permettent de hiérarchiser les facteurs associés au sentiment d’insécurité, en montrant notamment que, toutes choses égales par ailleurs, habiter en QPV multiplie par plus de quatre la probabilité de se sentir en insécurité dans son quartier. Le document propose une définition opérationnelle du sentiment d’insécurité (« souvent » ou « de temps en temps » en insécurité) et explicite la méthode d’enquête, ce qui facilite la réutilisation des indicateurs dans des diagnostics locaux. Pour les acteurs de terrain, il constitue une ressource de cadrage national pour interpréter les ressentis locaux, argumenter les priorités d’intervention et plaider pour des approches différenciées selon les publics.​

2. Points clés du document 

Les principaux résultats montrent qu’un peu moins d’un tiers des habitants de QPV se déclarent en insécurité dans leur quartier (29,4%), contre 15,2% dans les unités urbaines englobantes et 9,1% hors QPV, avec un sentiment au domicile plus faible mais également plus fréquent en QPV (p. 6). Entre 2018 et 2021, le sentiment d’insécurité apparaît globalement stable au domicile et en légère hausse dans le quartier (+3 points en QPV, +2 points dans les unités urbaines englobantes), mais ces variations doivent être interprétées avec prudence du fait des changements méthodologiques (p. 7). 

Les analyses par genre, âge, structure de ménage et lieu de naissance montrent que les femmes, les femmes seules, les 30–39 ans et certaines personnes nées à l’étranger présentent des niveaux de sentiment d’insécurité particulièrement élevés, surtout dans les QPV (p. 8–10). 

Le sentiment d’insécurité dans le quartier est plus élevé chez les habitants de QPV les plus diplômés, tandis que les personnes au chômage se distinguent par un niveau d’insécurité marqué à la fois au domicile et dans le quartier (p. 10). 

Enfin, la régression logistique confirme que, à profil démographique et socio‑économique comparable, résider en QPV augmente fortement la probabilité de se déclarer en insécurité (odds ratio 4,2 pour le quartier et 2,0 pour le domicile), les femmes se sentant près de deux fois plus en insécurité que les hommes (p. 11).​

3. Pistes d’action pour les acteurs locaux 

Les collectivités, bailleurs et équipes de prévention peuvent cibler prioritairement les femmes, les femmes seules en particulier, ainsi que les 30–39 ans dans les QPV, en développant des espaces de parole sécurisés, des marches exploratoires de femmes et des dispositifs de médiation de proximité (p. 8–10). 

Les diagnostics de sécurité intégrée devraient systématiquement croiser données objectives de victimation et données de ressenti, en s’appuyant sur la définition opérationnelle du sentiment d’insécurité et sur les indicateurs par lieu de résidence proposés dans l’étude pour affiner les priorités territoriales (p. 5–7). 

Les acteurs de l’insertion et de la santé mentale peuvent intégrer la question du sentiment d’insécurité dans leurs accompagnements des personnes au chômage ou en précarité, en lien avec les services de tranquillité publique, afin d’agir sur les effets psychosociaux de ce ressenti (p. 10–11). 

Les équipes de politique de la ville peuvent utiliser les résultats de la régression logistique pour documenter, dans les contrats de ville et projets locaux, le rôle spécifique du fait d’habiter en QPV et plaider pour des politiques intersectorielles combinant sécurité, aménagement, animation sociale et lutte contre les discriminations (p. 11–13).​

4. Références complémentaires 

  1. 🔍➕ Pour plus d'informations, voir les articles référencés par "Pratiques en Santé" sur le thème delutte contre les violences   ➡️🔗https://pratiquesensante.odoo.com/2-2-lutte-contre-les-violences

  2. SSMSI (2023), « Vécu et ressenti en matière de sécurité – Victimation, délinquance et sentiment d’insécurité – Rapport d’enquête 2023 », ministère de l’Intérieur. URL vérifiée : https://www.interieur.gouv.fr/Interstats/Actualites/Rapport-d-enquete-Vecu-et-ressenti-en-matiere-de-securite-2023-victimation-delinquance-et-sentiment-d-insecurite (publication postérieure à 2020, actualise les tendances nationales).

  3. Insee – France, portrait social (2023), fiche 6.2 « Insécurité, victimation », Insee Références. URL vérifiée : https://www.insee.fr/fr/statistiques/7666869 (complément méthodologique et statistique sur insécurité, victimation et sentiment d’insécurité, avec focus genre et âge).​


5. Analyse transversale — Valeurs de Pratiques en Santé

  • Littératie : Le document utilise un langage statistique et institutionnel assez technique, mais propose des définitions claires (par exemple la définition opérationnelle du « sentiment d’insécurité ») et des schémas lisibles, sans toutefois proposer d’outils pédagogiques simplifiés directement mobilisables avec les habitants.​

  • Empowerment : L’étude ne décrit pas d’implication directe des habitants dans la conception de l’enquête ni dans l’interprétation des résultats, l’approche restant centrée sur l’analyse statistique nationale.​​

  • Participation : Aucun dispositif de co‑construction (ateliers habitants, marches exploratoires, groupes de discussion) n’est décrit, le matériau reposant exclusivement sur une enquête quantitative standardisée.​​

  • Santé communautaire : La dimension collective est abordée indirectement via le niveau « quartier » et les QPV, mais sans analyse des dynamiques communautaires, des ressources locales ni des réponses collectives au sentiment d’insécurité.​​

  • Éthique : Les biais sociaux et territoriaux sont explicitement reconnus (difficulté de comparer les millésimes, limites de l’échantillon, impossibilité de décliner par territoire), mais les biais culturels et les effets des discriminations ne sont qu’évoqués par renvoi à une autre étude sur injures, menaces et discriminations.​​

  • Droits humains : L’étude met en évidence des inégalités de ressenti selon le genre, le lieu de résidence et la situation professionnelle, ce qui peut nourrir des démarches d’équité, mais elle ne s’inscrit pas explicitement dans un cadre « droits humains » ni ne discute les obligations des institutions.​​

  • Intersectorialité : La ressource reste centrée sur le champ de la sécurité intérieure et de la statistique publique, sans recommandations structurées de partenariats intersectoriels (santé, urbanisme, jeunesse, logement), même si les résultats sont mobilisables dans ce sens.​​

  • Partenariat : Aucune formalisation de modèles de collaboration locale n’est décrite ; les seuls partenariats mentionnés concernent la production de l’enquête (SSMSI, Insee, ONDRP, ONPV).​​

  • Lutte contre les discriminations : Le texte renvoie à une autre étude de l’ONPV sur les injures, menaces et discriminations, mais ne développe pas explicitement la question des discriminations ni les leviers de non‑jugement et de prise en compte de la diversité dans les réponses à apporter.​​

Synthèse finale (≤ 200 caractères)

Le document éclaire finement les inégalités de sentiment d’insécurité en QPV, mais n’aborde pas la participation ni les leviers d’empowerment et de santé communautaire.​​

6. Évaluation de la fiabilité de la ressource

La pertinence scientifique est élevée : l’étude s’appuie sur l’enquête nationale CVS 2021 (20 000 personnes dont 1 693 en QPV), conduite par le SSMSI avec l’Insee, avec redressements statistiques, documentation méthodologique détaillée, bibliographie récente (Insee, SSMSI, travaux académiques).

7. QCM — 5 questions

Partie 1 — Questions (sans réponses)

Question 1 (p. 5–6) :

Quel seuil est retenu pour considérer qu’une personne « se sent en insécurité » dans l’enquête CVS 2021 ?​

a) Uniquement lorsqu’elle se déclare « souvent » en insécurité

b) Lorsqu’elle se déclare « souvent » ou « de temps en temps » en insécurité

c) Lorsqu’elle se déclare « rarement » en insécurité

d) Lorsqu’elle se déclare « rarement » ou « jamais » en insécurité

Question 2 (p. 6) :

Quelle proportion d’habitants des QPV déclare ne pas se sentir en sécurité dans son quartier ?​

a) 9,1%

b) 15,2%

c) 29,4%

d) 42,2%

Question 3 (p. 8–9) :

Parmi les propositions suivantes, quel profil présente le niveau de sentiment d’insécurité dans le quartier le plus élevé en QPV ?​

a) Hommes de 15–29 ans en QPV

b) Femmes de plus de 60 ans en QPV

c) Femmes de 30–39 ans vivant en QPV

d) Hommes retraités hors QPV

Question 4 (p. 10) :

En QPV, quel groupe déclare le plus souvent un sentiment d’insécurité dans son quartier parmi les situations professionnelles suivantes ?​

a) Les étudiants

b) Les personnes occupant un emploi

c) Les retraités

d) Les personnes au chômage

Question 5 (p. 11) :

Selon la régression logistique, comment évolue la probabilité de se sentir en insécurité dans son quartier pour les habitants des QPV, toutes choses égales par ailleurs, par rapport aux habitants hors QPV ?​

a) Elle est divisée par deux (odds ratio 0,5)

b) Elle est identique (odds ratio 1,0)

c) Elle est multipliée par environ deux (odds ratio 2,0)

d) Elle est multipliée par plus de quatre (odds ratio 4,2)

(Ordre des bonnes réponses choisi : 1‑b / 2‑c / 3‑c / 4‑d / 5‑d : chaque lettre utilisée au maximum deux fois.)

Partie 2 — Correction commentée

Question 1 : seuil du sentiment d’insécurité (p. 5)

✅ Réponse correcte : b) Lorsqu’elle se déclare « souvent » ou « de temps en temps » en insécurité.​

📝 Explication : Le document définit qu’une personne est considérée comme se sentant en insécurité lorsqu’elle répond « souvent » ou « de temps en temps » à la question sur l’insécurité, tandis que les réponses « rarement » ou « jamais » ne sont pas comptées comme insécurité. Source : p. 5.​

Question 2 : proportion d’habitants de QPV en insécurité dans le quartier (p. 6)

✅ Réponse correcte : c) 29,4%.​​

📝 Explication : La figure 2 indique que 29,4% des habitants des QPV déclarent ne pas se sentir en sécurité dans leur quartier, contre 15,2% dans les unités urbaines englobantes et 9,1% hors QPV. Source : p. 6.​

Question 3 : profil le plus touché en QPV (p. 8–9)

✅ Réponse correcte : c) Femmes de 30–39 ans vivant en QPV.​

📝 Explication : L’analyse par âge et genre montre que le sentiment d’insécurité en QPV est particulièrement élevé chez les 30–39 ans, et que les femmes se déclarent systématiquement plus en insécurité que les hommes, ce qui conduit à un niveau très élevé pour les femmes de cette tranche d’âge. Source : p. 8–9, figure 6.​

Question 4 : situation professionnelle et insécurité dans le quartier (p. 10)

✅ Réponse correcte : d) Les personnes au chômage.​

📝 Explication : Le tableau relatif à la situation professionnelle indique que, parmi les habitants des QPV, 38,2% des personnes au chômage déclarent un sentiment d’insécurité dans leur quartier, soit un niveau supérieur à celui des personnes en emploi, des étudiants et des retraités. Source : p. 10.​

Question 5 : effet du fait d’habiter en QPV sur l’insécurité dans le quartier (p. 11)

✅ Réponse correcte : d) Elle est multipliée par plus de quatre (odds ratio 4,2).​

📝 Explication : La figure 10 montre que, toutes choses égales par ailleurs, l’odds ratio associé à la résidence en QPV pour le sentiment d’insécurité dans le quartier est de 4,2 par rapport aux habitants hors QPV, soit une probabilité plus de quatre fois plus élevée de se déclarer en insécurité. Source : p. 11.​

8. Foire aux questions (FAQ)

  1. À quoi sert cette étude pour les acteurs de terrain en QPV ? (p. 4–7, 11–13)

    Elle fournit un cadrage chiffré national sur le sentiment d’insécurité en QPV, en le comparant aux autres quartiers, ce qui permet de situer les ressentis locaux par rapport à des moyennes et d’identifier les publics les plus concernés.​​

  2. Comment le « sentiment d’insécurité » est-il défini dans l’enquête CVS 2021 ? (p. 5)

    Est considérée comme se sentant en insécurité toute personne qui déclare se sentir « souvent » ou « de temps en temps » en insécurité, alors que les réponses « rarement » et « jamais » ne sont pas comptabilisées comme insécurité.​

  3. Quelles sont les principales limites méthodologiques à avoir en tête avant de mobiliser les chiffres ? (p. 5, 7, 14)

    La collecte 2021 s’est faite quasi exclusivement par téléphone, contrairement à 2018 en face‑à‑face, ce qui fragilise les comparaisons ; l’enquête CVS s’arrête en 2021, limitant les séries chronologiques, et la taille de l’échantillon QPV ne permet pas de déclinaisons par territoire ou profils très fins.​​

  4. Quels publics présentent les niveaux de sentiment d’insécurité les plus élevés en QPV ? (p. 8–10)

    Les femmes, en particulier celles vivant seules, les 30–39 ans, les personnes au chômage et certains groupes nés à l’étranger déclarent des niveaux d’insécurité au domicile et/ou dans le quartier sensiblement supérieurs à ceux des autres habitants.​​

  5. Comment interpréter le fait que les habitants de QPV les plus diplômés se sentent plus en insécurité dans leur quartier ? (p. 10–11)

    L’étude constate que, parmi les résidents de QPV, le sentiment d’insécurité dans le quartier augmente avec le niveau de diplôme, sans toutefois proposer d’hypothèse explicative ; ces résultats doivent donc être interprétés avec prudence et croisés avec d’autres sources qualitatives.​

  6. Peut-on utiliser ces résultats pour comparer des quartiers ou des villes entre eux ? (p. 5, 14)

    Non, la taille de l’échantillon QPV et la conception de l’enquête ne permettent pas de décliner les résultats par QPV ou par département ; les données doivent être lues comme une estimation globale pour l’ensemble des QPV en France.​

  7. Comment articuler ces données avec les démarches locales de tranquillité publique et de santé mentale ? (p. 6–7, 10–13)

    Les acteurs locaux peuvent utiliser les profils identifiés (genre, âge, chômage) comme repères pour cibler leurs actions, intégrer des questions sur le sentiment d’insécurité dans les diagnostics de santé et de cohésion sociale, et plaider pour des approches intersectorielles associant prévention, médiation, aménagement et soutien psychosocial.​​

9. Réécriture en FALC

Titre

Comprendre le sentiment d’insécurité en quartiers prioritaires

Résumé FALC

Contexte et enjeux

Beaucoup de personnes ont peur chez elles ou dans leur quartier.​​

Cette étude regarde la peur des habitants dans les quartiers prioritaires.​​

Les chercheurs comparent ces habitants avec ceux des autres quartiers.​

Ils posent des questions au téléphone à des adultes en France.​​

Les personnes répondent si elles ont souvent peur, parfois peur ou non.​

Les chiffres montrent que la peur est plus forte dans les quartiers prioritaires.​​

Apports opérationnels

L’étude donne des pourcentages clairs pour chaque type de quartier.​

Elle montre que les femmes ont plus peur que les hommes.​​

Les femmes qui vivent seules en quartier prioritaire ont très souvent peur.​

Les personnes de 30 à 39 ans et les chômeurs ont aussi plus peur.​

Les professionnels peuvent utiliser ces chiffres pour mieux cibler leurs actions.​​

Ils doivent aussi écouter la parole des habitants pour compléter les chiffres.​

Points clés FALC

  • Plus d’un habitant de quartier prioritaire sur quatre a peur dans son quartier.​​

  • La peur chez soi et dans le quartier est plus fréquente en quartier prioritaire que ailleurs.​

  • Les femmes, surtout celles qui vivent seules, disent plus souvent qu’elles ont peur.​​

  • Les personnes de 30 à 39 ans et les personnes au chômage ont aussi souvent peur.​

  • Habiter un quartier prioritaire augmente fortement le risque de se sentir en insécurité.

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