🔦 🔍💡 Évaluation des menaces sanitaires : comment l'ASPC est passée d'un algorithme rigide à un cadre qualitatif construit par consensus d'experts (méthode Delphi), avec des définitions testées et validées à 90-100 % d'accord. 🧭📊 #VeilleSanitaire #GestionDesRisques
📌 📌 Ce document intéresse directement les cadres et professionnels de la veille sanitaire, de la sécurité civile ou de la gestion de crise en ARS, CIRE, Santé publique France ou collectivités : il ne s'agit pas d'un guide théorique mais d'un retour d'expérience méthodologique complet sur la fabrication d'un outil de cotation de menaces par consensus d'experts. Les tableaux 1 et 2 (p. 191-192) sont directement transposables pour construire ou réviser une grille d'évaluation des risques dans n'importe quelle structure de veille. Il montre aussi, chiffres à l'appui, à quel point un processus Delphi peut faire grimper un taux d'accord de 43 % à 100 % — un argument concret pour légitimer ce type de démarche en interne.
📜🔗LIEN vers la source
🎥 https://www.youtube.com/watch?v=RSX1UJAzFmY
1. RÉSUMÉ ANALYTIQUE
Contexte et enjeux — D'un algorithme d'urgence à un cadre fondé sur le risque
L'ASPC disposait depuis mai 2022 d'un processus d'évaluation coordonnée des menaces (ECM), mis en place après un audit du vérificateur général lié à la gestion de la COVID-19 (p. 189). L'outil initial, conçu comme un algorithme centré sur l'urgence des interventions fédérales (surveillance, enquête, intervention sous 48 h), s'est révélé insuffisant pour rendre compte de l'impact global des menaces sur la santé des populations. En 2023, l'ASPC décide donc de le remplacer par un cadre qualitatif fondé sur le risque, applicable à l'ensemble du spectre des menaces sanitaires, au-delà des seules maladies infectieuses (p. 189, 194).
Apports opérationnels — Un outil à trois attributs, construit par consensus d'experts
Le nouvel outil repose sur trois attributs — préoccupation pour la santé humaine, potentiel d'impact sur le Canada, insuffisance des mesures de contrôle — combinés en une évaluation globale à trois niveaux (élevé/modéré/faible) (p. 189-190, tableau 2 p. 192). Ses définitions ont été élaborées et validées via une méthode Delphi impliquant 26 experts de 12 programmes de l'ASPC, sur trois enquêtes itératives et deux réunions de consensus entre juillet 2023 et mai 2024 (p. 190-191). Le document détaille intégralement le processus, les taux de participation et les résultats chiffrés, offrant un modèle méthodologique réplicable pour construire un outil d'évaluation par consensus dans d'autres structures.
2. POINTS CLÉS DU DOCUMENT
- Trois attributs de menace clairement définis et opérationnalisables : préoccupation pour la santé humaine (gravité potentielle), potentiel d'impact sur le Canada (nombre de personnes touchées) et préoccupation quant à l'insuffisance des mesures de contrôle (capacité de détection/prévention/atténuation), chacun coté élevé/modéré/faible (tableau 2, p. 192).
- Progression spectaculaire du consensus grâce à la méthode Delphi itérative : l'accord avec les définitions passe de 43,5 % (enquête 1) à 78,9 % (enquête 2) puis 100 % (enquête 3) pour l'attribut « préoccupation pour la santé humaine », illustrant l'efficacité du processus de révision par rétroaction de groupe (tableau 1, p. 191).
- Recrutement structuré garantissant la représentativité multisectorielle : 26 participants issus de 12 programmes de l'ASPC (épidémiologie, biosécurité, santé des voyageurs, gestion des urgences, sciences du risque, etc.), assurant que l'outil reflète les besoins de l'ensemble des utilisateurs finaux (p. 191).
- Deux réunions de consensus en complément des enquêtes en ligne : la rétroaction verbale a permis de clarifier les points de vue divergents plus efficacement que les enquêtes seules, renforçant la compréhension et l'acceptation collective des définitions (p. 191, 193).
- Limites méthodologiques explicitement reconnues : chute de participation de 57 % au cours du processus Delphi, anonymat empêchant d'évaluer la représentativité par programme, et seulement deux cycles d'enquête ne permettant pas de mesurer la stabilité statistique des réponses (p. 193).

3. PISTES D'ACTION POUR LES ACTEURS LOCAUX
- Reprendre la structure à trois attributs (gravité, probabilité d'impact, capacité de réponse) du tableau 2 (p. 192) pour construire ou réviser une grille interne d'évaluation des signaux sanitaires, en l'adaptant au périmètre local (ARS, CIRE, collectivité).
- S'appuyer sur le calendrier détaillé en figure 1 (p. 190) — évaluation, idéation, recherche préliminaire, élaboration, enquêtes Delphi, réunions de consensus, mise au point — comme feuille de route type pour tout projet de construction d'outil par consensus d'experts sur environ 10 à 12 mois.
- Fixer un seuil de consensus a priori (80 % dans cette étude, p. 190) avant de lancer une démarche Delphi interne, afin d'objectiver le moment où les enquêtes itératives peuvent s'arrêter.
- Combiner enquêtes en ligne anonymes et réunions de consensus en visioconférence (p. 191) plutôt que de se limiter à un seul canal : le document montre que la rétroaction verbale accélère la clarification des désaccords persistants.
- Anticiper la baisse de participation aux enquêtes successives (88,5 % puis 73,1 % puis 38,5 % de répondants, p. 191) en prévoyant des rappels systématiques et un nombre limité de cycles, pour ne pas compromettre la légitimité du consensus final.
4. RÉFÉRENCES COMPLÉMENTAIRES
- Agence de la santé publique du Canada — Méthode d'évaluation des risques à l'ASPC (page méthodologique, gouvernement du Canada, mise à jour continue post-2023). Décrit en détail la méthode d'évaluation des risques (probabilité/impact) adaptée de l'outil conjoint OMS-FAO-OIE, complémentaire à l'outil de cotation des menaces présenté dans l'article.
https://www.canada.ca/fr/sante-publique/services/mesures-interventions-urgence/evaluations-rapides-risques-professionnels-sante-publique/methodes.html - World Health Organization — Framework for health emergency preparedness and response capabilities for national public health agencies (2026). Cadre définissant 12 capacités fondamentales pour les agences nationales de santé publique, dont la surveillance et le renseignement sanitaire — apporte une perspective internationale complémentaire au cadre canadien.
https://www.who.int/publications/i/item/B09726 - CERAC — Belgian Climate Risk Assessment (BCRA) (2025). Exemple récent d'application d'une approche Delphi multi-parties prenantes pour hiérarchiser des risques nationaux (climatiques), méthodologiquement comparable au processus décrit dans l'article, avec scoring de gravité et de préparation.
https://www.cerac.be/sites/default/files/media/files/2025-11/Rapporten/cerac_bcra_rapport_final_fr.pdf
5. FOIRE AUX QUESTIONS (FAQ)
- Pourquoi l'ASPC a-t-elle abandonné son outil initial d'évaluation des menaces ?
Parce qu'après un an d'utilisation, l'algorithme centré sur l'urgence des interventions fédérales ne permettait pas de bien rendre compte de l'impact global des menaces sur la santé des populations (p. 189). - Quels sont les trois attributs évalués par le nouvel outil ?
La préoccupation pour la santé humaine (gravité), le potentiel d'impact sur le Canada (ampleur), et la préoccupation quant à l'insuffisance des mesures de contrôle (capacité de réponse) (p. 189-190, tableau 2 p. 192). - Qu'est-ce que la méthode Delphi et pourquoi a-t-elle été choisie ?
C'est une approche scientifique mobilisant des experts par enquêtes itératives et rétroactions de groupe pour parvenir à un consensus sur des sujets complexes ; elle a été choisie pour intégrer les perspectives de multiples programmes de l'ASPC (p. 190). - Combien de personnes ont participé au processus et qui étaient-elles ?
26 experts issus de 12 programmes de l'ASPC (épidémiologie, biosécurité, santé des voyageurs, gestion des urgences, etc.), recrutés via le Comité scientifique pour l'évaluation coordonnée des menaces (p. 191). - Comment le consensus a-t-il été défini et mesuré ?
Le consensus a été fixé a priori à 80 % d'accord des participants pour chaque définition, évalué via des échelles de Likert puis un format binaire oui/non lors de l'enquête finale (p. 190-191). - Toutes les définitions ont-elles atteint le consensus ?
Oui : après les réunions de consensus, toutes les définitions évaluées ont atteint entre 90 % et 100 % d'accord, dépassant le seuil cible de 80 % — sauf les niveaux globaux (élevé/modéré/faible), validés par accord verbal non formalisé par enquête (p. 191). - Quelles sont les principales limites reconnues par les auteures ?
La baisse de 57 % de la participation au fil des enquêtes, l'impossibilité d'évaluer la représentativité par programme du fait de l'anonymat, et l'absence de mesure de la stabilité statistique des réponses faute de cycles suffisants (p. 193).
6. RÉÉCRITURE EN FALC
Un nouvel outil pour évaluer les menaces pour la santé
Le problème de départ
L'Agence de la santé publique du Canada avait un outil pour évaluer les menaces.
Cet outil ne fonctionnait pas assez bien.
Il ne montrait pas assez l'impact des menaces sur la santé des gens.
L'Agence a donc décidé de créer un nouvel outil.
Comment le nouvel outil a été créé
Des experts de 12 équipes différentes ont travaillé ensemble.
26 personnes ont participé au projet.
Elles ont répondu à plusieurs questionnaires, l'un après l'autre.
Elles se sont aussi réunies deux fois par vidéo.
Le but était de se mettre d'accord sur des définitions claires.
Les 3 questions posées pour chaque menace
- Est-ce que cette menace est grave pour la santé des gens ?
- Est-ce que beaucoup de personnes au Canada peuvent être touchées ?
- Est-ce que le Canada a les moyens de réagir à cette menace ?
Pour chaque question, la réponse peut être : élevée, moyenne ou faible.
Ce que ça a donné
Au début, les experts n'étaient pas d'accord entre eux.
À la fin, presque tous les experts étaient d'accord.
L'outil final est prêt à être utilisé pour évaluer de nouvelles menaces.
7. ANALYSE TRANSVERSALE — VALEURS DE PRATIQUES EN SANTÉ
- Littératie : Le document ne s'adresse pas au grand public mais à des experts techniques ; il ne propose aucun outil de vulgarisation adapté à des niveaux de compréhension variés.
- Empowerment : L'implication concerne exclusivement des experts internes à l'ASPC ; aucune population bénéficiaire n'est associée à la conception ou à l'évaluation de l'outil.
- Participation : La méthode Delphi constitue en elle-même un mécanisme structuré de co-construction entre programmes, via enquêtes itératives et réunions de consensus (p. 190-191).
- Santé communautaire : La dimension collective est intégrée via l'attribut « potentiel d'impact sur le Canada », qui évalue le nombre de personnes touchées dans la population générale ou des sous-groupes (p. 192).
- Éthique : Aucun biais culturel ou social n'est identifié ni discuté dans le document ; la question n'est pas abordée.
- Droits humains : L'outil ne mentionne pas explicitement de principes d'équité ou d'inclusion dans ses critères d'évaluation des menaces.
- Intersectorialité : Le processus mobilise 12 programmes internes de l'ASPC mais ne mentionne pas de partenariats avec d'autres secteurs (social, environnemental, éducatif).
- Partenariat : Le modèle de collaboration est formalisé sous la forme du Comité scientifique pour l'évaluation coordonnée des menaces (CSECM), qui se réunit chaque semaine (p. 190).
- Lutte contre les discriminations : Le document ne traite pas de discriminations, de non-jugement ou de diversité ; ce thème est absent du contenu analysé.
8. ÉVALUATION DE LA FIABILITÉ DE LA RESSOURCE
Pertinence scientifique : Publication dans le RMTC, revue à comité de lecture de l'ASPC, avec méthodologie détaillée (méthode Delphi référencée selon les standards RAND, analyse thématique selon Braun et Clarke) et données quantitatives transparentes (tableau 1, p. 191). Les auteures signalent elles-mêmes les limites méthodologiques (baisse de participation, anonymat, nombre limité de cycles d'enquête), ce qui renforce la crédibilité du travail. Aucun conflit d'intérêts déclaré.
Pertinence opérationnelle : L'outil final (tableau 2, p. 192) est directement utilisable comme grille de cotation, mais le document reste centré sur un contexte fédéral canadien de sécurité sanitaire ; son application à des menaces sociales, environnementales ou territoriales françaises nécessiterait une adaptation. Une publication complémentaire non encore publiée au moment de la rédaction (référence 12, p. 194) est annoncée pour détailler un exemple d'application pratique de l'outil.