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Organisation de la périnatalité dans les territoires : affirmer une logique de santé publique

✍️ Dr Aquilino Morelle, Alexandre Pascal, Marie-Odile Saillard (membres de l'IGAS), avec la contribution de Lucie Ligier et du Pôle Data de l'IGAS - Janvier 2026
7 août 2026 par
Organisation de la périnatalité dans les territoires : affirmer une logique de santé publique
Daniel Oberlé - Pratiques en santé Oberlé
| 3 Commentaires



🚨 Périnatalité : le rapport qui déplace le problème là où il est vraiment
🔍💡 Périnatalité : la remontée de la mortalité infantile depuis 2011 tient d'abord à des facteurs sociaux et populationnels, pas aux fermetures de maternités. Le rapport IGAS ouvre 24 pistes concrètes pour agir sur le repérage, l'aller-vers et le suivi des plus vulnérables. 🍼



📌La mortalité infantile remonte en France depuis 2011 : le rapport démontre, chiffres à l'appui, que la cause principale n'est pas l'organisation des maternités mais le poids de facteurs populationnels (précarité, âge maternel, pathologies pré-grossesse, accès inégal au suivi). Pour un acteur de terrain, c'est un renversement de perspective directement exploitable : il déplace l'effort du « où accoucher » vers le « comment repérer, accompagner et aller vers les femmes les plus éloignées du soin ». Concrètement, il fournit des leviers d'action locale (référent de parcours, démarches d'aller-vers, renforcement PMI, suivi néonatal ciblé) et une grille pour conduire les réorganisations sans les subir.

📒 Organisation de la périnatalité dans les territoires : affirmer une logique de santé publique - LIEN - Rapport IGAS 

Capsules Audio de Pratiques en Santé 🎙️🎥 https://www.youtube.com/watch?v=Ypx9L6XBeB8


1️⃣ RÉSUMÉ ANALYTIQUE

Une crise sanitaire silencieuse, d'origine d'abord populationnelle

Après un point bas historique en 2011 (3,5 ‰), la mortalité infantile a repris pour atteindre 4,1 ‰ en 2024, soit 2 709 enfants décédés avant un an (p. 4). Cette hausse est due exclusivement à la mortalité néonatale (p. 4). La France passe du 3ᵉ au 23ᵉ rang de l'UE : au niveau moyen européen (3,3 ‰), 529 décès auraient été évités en 2024 (p. 5, 48). Le rapport établit que cette dégradation renvoie « pour l'essentiel » à des facteurs populationnels — âge maternel croissant, grossesses multiples, obésité pré-grossesse (22,8 % → 31,8 % de 2003 à 2016), précarité et moindre accès au suivi (p. 5-6, 48-59). Les inégalités sociales et territoriales sont le fil rouge : le risque de décès néonatal est 1,71 fois plus élevé dans les 20 % de zones les plus défavorisées (p. 56).

Un système bien conçu mais mal piloté, à recentrer sur les plus fragiles

La mission relativise nettement l'influence des restructurations de l'offre : entre 2000 et 2023, le nombre de maternités a chuté de 37 % sans lien décisif avéré avec la reprise de la mortalité (p. 7-8, 61-63, 78). Elle juge « datée » la seule hausse du seuil d'activité à 1 000 accouchements (p. 8). Les dispositifs de suivi (entretiens précoces, sage-femme référente, PMI, PRADO) sont pertinents mais insuffisamment effectifs et coordonnés, et touchent mal les publics vulnérables (p. 117-129). Le rapport plaide pour un nouveau plan stratégique national 2027-2030, un pilotage réactivé, une PMI repositionnée et une méthode de conduite des transformations locales plus concertée (p. 11, 136 ; recommandations 1, 16, 18, 23-24).

2️⃣ POINTS CLÉS DU DOCUMENT

1️⃣ La cause est populationnelle, pas organisationnelle. La remontée de la mortalité néonatale depuis 2011 s'explique par les caractéristiques des grossesses (prématurité, âge, pathologies, précarité) et non par les fermetures de maternités : il n'existe pas de lien direct ni univoque entre l'offre et les résultats (p. 7-8, 17, 78). C'est le socle argumentatif de tout le rapport.

2️⃣ La prématurité, verrou central. Environ 55 000 enfants naissent prématurément chaque année (6,9 % des naissances) et la prématurité représente 81 % des décès périnatals, avec un risque de décès environ 50 fois supérieur à celui d'un enfant né à terme (p. 49). Agir en amont sur ses facteurs de risque est prioritaire.

3️⃣ Un gradient social et migratoire documenté. Le taux de mortalité infantile va de 2,2 ‰ chez les enfants de cadres à 5,1 ‰ chez les femmes inactives (p. 5). La hausse observée entre 2010-2014 et 2015-2022 est portée à 100 % par les mères nées à l'étranger, un constat que le rapport rattache à la précarité et aux barrières d'accès aux soins, non à l'origine en soi (p. 58-59).

4️⃣ La chute des maternités n'a pas dégradé l'accès mécaniquement. De 1 747 maternités en 1972 à 457 en 2023 (-37 % depuis 2000), la baisse a surtout touché le privé (-60 % lucratif) et le niveau 1 (450 → 160), mais le nombre de salles de naissance a légèrement augmenté (+3 %) (p. 7, 61-63). Aucun modèle territorial type ne se dégage à l'international (Suède et Italie, densités opposées, résultats voisins) (p. 8, 78).

5️⃣ 24 recommandations, majoritairement de priorité 1. Elles couvrent le suivi (référent de parcours, maternité référente, aller-vers), la néonatalogie (ratio d'un lit de réanimation néonatale pour 1 000 naissances), la révision des décrets de 1998, le repositionnement des PMI, un nouveau plan stratégique 2027-2030 et une méthode concertée de transformation de l'offre (p. 12-16 ; recommandations 1 à 24).

3️⃣ PISTES D'ACTION POUR LES ACTEURS LOCAUX

1️⃣ Cibler l'aller-vers vers les plus éloignés du soin. Organiser dans chaque département une démarche systématique « d'aller-vers » (relances de l'Assurance maladie, campagnes ciblées) pour les femmes en précarité, isolées géographiquement ou culturellement (p. 9, recommandation 8). C'est le levier à plus fort rendement au vu du gradient social.

2️⃣ Désigner un référent unique de parcours. Systématiser un professionnel référent ou une maternité référente pour sécuriser l'orientation vers le niveau adapté, dans le respect du choix explicite de la femme (p. 9, recommandation 7).

3️⃣ Renforcer le suivi néonatal des mères fragiles. Déployer un plan d'action départemental co-piloté ARS / Assurance maladie / PMI pour le suivi postnatal des mères et enfants présentant des fragilités sociales ou isolés (p. 128, recommandation 15), en mobilisant médecins généralistes là où les pédiatres manquent.

4️⃣ Réarmer la PMI comme acteur pivot. S'appuyer sur les services de PMI (près de 10 870 ETP en 2023, voyant jusqu'à 90 % des enfants après la naissance) et enrayer leur affaiblissement pointé par le « rapport Peyron » (p. 128-129, recommandation 16). Besoin non couvert identifié : la mission n'a pas conduit d'investigation ad hoc sur la PMI, qui reste à mener.

5️⃣ Fluidifier la coordination par le partage d'information. Uniformiser et partager les supports professionnels (dossiers patients informatisés) pour éviter les ruptures de prise en charge entre ville, hôpital et PMI (p. 149, recommandation 22).

6️⃣ Anticiper et concerter toute transformation de l'offre. Face à une réorganisation ou une fermeture, associer en amont l'ensemble des parties prenantes, intégrer la dimension symbolique (« fin d'une histoire ») et anticiper le rôle des médias et réseaux sociaux comme caisse de résonance (p. 150-154, recommandations 23-24). Adaptation nécessaire : outiller les ARS, souvent isolées face aux situations conflictuelles.

4️⃣ RÉFÉRENCES COMPLÉMENTAIRES

🔍➕ Pour plus d'informations, voir les articles référencés par "Pratiques en Santé" sur le thème périnatalité ➡️🔗 https://www.pratiquesensante.com/blog/tag/perinatalite-376

1️⃣ Santé publique France — « Santé périnatale en France : 10 années d'évolutions contrastées » (8 juillet 2026). Actualise les indicateurs 2012-2024 (mortalité, prématurité, santé mentale périnatale, anomalies congénitales) et complète l'analyse épidémiologique du rapport IGAS. 🔗 https://www.santepubliquefrance.fr/presse/sante-perinatale-en-france-10-annees-devolutions-contrastees

2️⃣ DGCS — « Les 1000 premiers jours de l'enfant. Dossier technique 2025-2027 » (janvier 2026). 65 mesures opérationnelles (aller-vers, PMI, interventions à domicile, dépression post-partum, Outre-mer) : c'est le pendant stratégique et concret du plan appelé par l'IGAS. 🔗 https://solidarites.gouv.fr/sites/solidarite/files/2026-02/Dossier-technique-1000-premiers-jours-2025-2027.pdf

3️⃣ Santé publique France — « Santé mentale des femmes en période périnatale en France en 2021 » (synthèse, 10 juillet 2026). Éclaire la recommandation 2 du rapport (dépression du post-partum, suicide maternel) : 17 % de symptômes dépressifs à 2 mois, 73 % sans recours aux soins anténatals. 🔗 https://www.santepubliquefrance.fr/sante-mentale/depression-et-anxiete/enquetesetudes/sante-mentale-des-femmes-en-periode-perinatale-en-france-en-2021-resultats-issus-des-enquetes

5️⃣ FOIRE AUX QUESTIONS (FAQ)

1️⃣ Les fermetures de maternités sont-elles responsables de la hausse de la mortalité infantile ?

Non. La mission conclut que les restructurations ne semblent pas avoir eu d'effet notable sur la mortalité néonatale depuis 2011 et qu'il n'existe pas de lien direct entre l'organisation de l'offre et cette reprise (p. 7-8, 17).

2️⃣ Faut-il relever le seuil d'activité des maternités à 1 000 accouchements ?

Le rapport juge cette solution « mécanique, datée et plaquée » sur un problème multifactoriel : une nouvelle vague de concentration ne résoudrait pas les difficultés populationnelles à l'origine de la dégradation (p. 8).

3️⃣ Quels sont les principaux facteurs de risque à cibler sur le terrain ?

Prématurité, âge maternel élevé, grossesses multiples (risque x5), obésité et pathologies pré-grossesse, précarité socio-économique et suivi inadéquat des femmes les plus éloignées du soin (p. 5-6, 49-59).

4️⃣ Que dit le rapport des inégalités sociales et territoriales ?

Le risque de décès néonatal est 1,71 fois plus élevé dans les zones les plus défavorisées ; ces inégalités sociales expliquent en grande partie les écarts territoriaux et constituent un facteur évitable (p. 56-57).

5️⃣ Quelle place pour la PMI ?

Elle doit être repositionnée partout comme l'acteur central de la périnatalité, en particulier pour les publics vulnérables, alors qu'elle traverse une crise majeure (p. 128-129, recommandation 16).

6️⃣ Comment mieux accompagner les femmes les plus vulnérables ?

Par des démarches organisées « d'aller-vers », un référent de parcours, un renforcement du suivi néonatal ciblé et une meilleure coordination des acteurs locaux (p. 9-10, recommandations 8, 7, 15).

7️⃣ Comment conduire une réorganisation locale sans conflit majeur ?

En anticipant, en concertant tôt toutes les parties prenantes, en prenant au sérieux la charge symbolique d'une fermeture et en soignant la communication face aux médias et réseaux sociaux (p. 150-154, recommandations 23-24).

6️⃣ RÉÉCRITURE EN FALC

Le problème

En France, de plus en plus de bébés meurent avant 1 an.

En 2024, 2 709 bébés sont morts avant leur premier anniversaire.

Ce chiffre monte depuis 2011.

La France fait moins bien que ses voisins européens.

La vraie cause

Ce n'est pas parce qu'on ferme des maternités.

La vraie cause, c'est la santé et la vie des mères.

Par exemple :

  • des mères plus âgées ;
  • des mères qui attendent des jumeaux ;
  • des mères en surpoids ou malades avant la grossesse ;
  • des mères pauvres ou mal suivies pendant la grossesse.

Ce qu'il faut faire

Il faut aider les mères le plus tôt possible.

Il faut aller vers les mères qui vont peu chez le médecin.

Il faut un professionnel qui suit chaque mère du début à la fin.

Il faut aider les services de PMI. La PMI aide les mères et les bébés.

Il faut bien préparer les changements dans les maternités.

Il faut en parler avec tout le monde avant de décider.

7️⃣ ANALYSE TRANSVERSALE — VALEURS DE PRATIQUES EN SANTÉ

  • Littératie : le rapport recommande de rendre plus lisible et exhaustive l'information délivrée à la femme tout au long du parcours, mais ne fournit pas d'outils adaptés aux différents niveaux de compréhension (p. 132, recommandation 17).
  • Empowerment : la logique reste principalement institutionnelle ; l'implication des femmes se limite au respect de leur choix explicite d'établissement (recommandation 7, 10).
  • Participation : la co-construction est surtout envisagée pour les transformations de l'offre, via l'association des usagers et collectivités (recommandations 9, 24).
  • Santé communautaire : la dimension collective apparaît via les CLS, ateliers « 1 000 jours » et l'action territoriale, mais reste peu structurée en parcours dédié (p. 142).
  • Éthique : les données sur l'immigration sont explicitement rattachées à la précarité et à l'accès aux soins, ce qui prévient une lecture stigmatisante, sans toutefois problématiser tous les biais (p. 58-59).
  • Droits humains : l'équité est au cœur du propos, avec un accent fort sur la réduction des inégalités sociales et territoriales évitables (p. 56-57).
  • Intersectorialité : partenariats recommandés entre ARS, Assurance maladie, conseils départementaux/PMI, CPTS et collectivités (recommandations 3, 15, 16, 22).
  • Partenariat : la contractualisation tripartite État/ARS/Département est présentée comme un modèle à généraliser (p. 142).
  • Lutte contre les discriminations : les inégalités d'accès sont largement traitées ; le non-jugement et l'adaptation culturelle des soins sont évoqués comme enjeux, sans dispositif détaillé (p. 58, 210).

8️⃣ ÉVALUATION DE LA FIABILITÉ DE LA RESSOURCE

Pertinence scientifique : élevée. Le rapport s'appuie sur des sources officielles récentes (INSEE 2024, DREES, SpF, ENP, études CépiDc-Inserm), une enquête exhaustive auprès des ARS et un travail statistique propre du Pôle Data IGAS, avec des comparaisons internationales. Les données sont datées et référencées. Point de vigilance : la thèse centrale (facteurs populationnels prépondérants) est solidement argumentée mais prend position dans un débat contesté ; certaines corrélations sont présentées avec la prudence qui s'impose par les auteurs eux-mêmes (p. 78, 293).

Pertinence opérationnelle : forte. Les 24 recommandations sont concrètes, priorisées, avec autorités responsables et échéances (p. 12-16). Limite pour le terrain : plusieurs mesures relèvent du pilotage national (plan stratégique, SNIP, décrets) et supposent des décisions politiques et budgétaires ; l'effectivité locale dépendra des moyens des PMI et des ARS, que le rapport reconnaît fragilisés.

Cohérence interne : le rapport assume une tension féconde entre le constat (l'offre n'est pas la cause) et certaines recommandations qui n'en portent pas moins sur l'organisation de l'offre (révision des décrets de 1998, néonatalogie), ce qui est cohérent avec sa logique « sécurité sanitaire au cas par cas » (recommandations 9, 19-20).

9️⃣ HASHTAGS STRATÉGIQUES

#pratiquesensante #Périnatalité #MortalitéInfantile #InégalitésDeSanté #SantéPublique #AllerVers #PMI #1000PremiersJours



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