🚨 Les jeunes ne désertent pas le bénévolat, ils le réinventent — la preuve par les chiffres
🔍💡 Engagement bénévole : le désengagement touche 44% des bénévoles dans le monde en 3 ans, mais reste l'angle mort du pilotage associatif — cette revue de littérature donne les clés pour agir avant la sortie silencieuse
📌Ce document n'est pas un énième baromètre chiffré : c'est une mise en perspective de ce que la recherche sait — et surtout ignore — sur ce qui fait tenir ou lâcher un engagement bénévole dans la durée. Pour qui recrute, anime ou tente de retenir des bénévoles, il apporte un contrepoint utile aux idées reçues (les jeunes ne se désengagent pas, ils changent de forme ; les retraités, eux, décrochent réellement) et un outil conceptuel directement mobilisable, la notion de « carrière », pour sortir du réflexe binaire engagé/parti. Son originalité tient à l'axe sur le désengagement, angle mort documenté mais quasiment jamais retenu comme objet de pilotage local. À lire pour reprendre la main sur la fidélisation plutôt que subir le turnover.
Source :📒 Parcours d'engagement : entre continuité et discontinuité — Revue de littérature
✍️ Foued Nasri, politiste, chercheur associé au Centre Max Weber (UMR 5283) - Structure éditrice : INJEP — Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire (Observatoire de la jeunesse, de l'éducation populaire, de la vie associative et du sport) - Juillet 2026📜🔗LIEN vers la source

1️⃣ RÉSUMÉ ANALYTIQUE
Un engagement toujours filtré par les inégalités sociales, mais recomposé par les générations. Le rapport dresse le portrait d'un bénévolat qui reste structuré par le diplôme, la profession et le genre : les diplômés du supérieur s'engagent deux fois plus que les non-diplômés, et la division sexuelle du travail bénévole reproduit un plafond de verre associatif — les femmes occupent des fonctions d'exécution plus que d'encadrement, y compris dans les secteurs qu'elles dominent numériquement. Dans le même temps, la lecture générationnelle bouscule les idées reçues : les 15-34 ans ne désertent pas l'engagement, ils en renouvellent les formes (missions ponctuelles, bénévolat direct hors cadre associatif, causes numériques et environnementales), tandis que le décrochage le plus net touche les retraités, dont le taux d'engagement associatif est passé de 40% en 2010 à 24% en 2025.
Un outil conceptuel et un axe négligé, directement mobilisables par les acteurs de terrain. Le rapport apporte deux leviers concrets. D'une part, la notion de « carrière » (Becker), qui invite à penser l'engagement et le désengagement non comme un événement mais comme un processus continu, articulé aux autres sphères de vie (travail, famille) — un changement de focale utile pour l'accompagnement individualisé des bénévoles. D'autre part, la synthèse des travaux sur le désengagement, objet massif (44% de perte de la force bénévole mondiale entre 2018 et 2021) mais sous-investi par les organisations, qui identifie les leviers les plus actionnables : communication, soutien organisationnel, reconnaissance et investissement affectif — précisément les facteurs sur lesquels une structure de terrain peut agir sans attendre une réforme du financement public.
2️⃣ POINTS CLÉS DU DOCUMENT
1️⃣ Le désengagement bénévole est un phénomène massif et paradoxalement sous-étudié : selon l'ONU, 44% de la force bénévole mondiale a cessé son engagement entre 2018 et 2021, soit une perte de 48 millions d'équivalents temps plein, alors que les organisations concentrent l'essentiel de leurs efforts sur le recrutement plutôt que sur la rétention (p. 10, p. 74).
2️⃣ La méta-analyse de Forner et al. (2024), portant sur 117 références sélectionnées parmi plus de 3 400 occurrences dans la littérature, distingue cinq familles de prédicteurs du désengagement et conclut que les facteurs les plus déterminants (communication, soutien organisationnel, satisfaction personnelle, investissement affectif) sont justement ceux sur lesquels les organisations ont le plus de prise directe (p. 10, p. 75-77).
3️⃣ Les jeunes ne se désengagent pas, ils réinventent les formes de leur engagement : en 2025, le taux de bénévolat associatif atteint 23% chez les 15-34 ans contre 24% chez les retraités — un écart qui s'est inversé depuis 2010, année où il s'établissait à 16% chez les jeunes contre 40% chez les retraités (p. 6, p. 24).
4️⃣ Le modèle VFI (Volunteer Functions Inventory) permet de calibrer l'offre de missions selon l'âge : les fonctions « carrière » et « compréhension » (acquisition de compétences) déclinent avec l'âge tandis que la fonction « sociale » (rencontre, appartenance) progresse — un outil directement transposable à l'accueil des bénévoles (p. 7, p. 38-40).
5️⃣ Depuis 2015, les programmes de volontariat d'État (réserve civique notamment) empruntent les codes d'institutions hiérarchisées (uniforme, cérémonial), un mouvement que le rapport qualifie d'« enrégimentement du bénévolat », concomitant à des pratiques de contrôle et de dissolution ciblant une partie du secteur associatif engagé sur des causes contestataires (p. 68-71).
3️⃣ PISTES D'ACTION POUR LES ACTEURS LOCAUX
1️⃣ Différencier l'offre de missions selon l'âge en s'appuyant sur le modèle VFI (p. 38-40) : missions orientées compétences et découverte professionnelle pour les 16-25 ans, missions à forte dimension relationnelle et collective pour les bénévoles seniors.
2️⃣ Mettre en place un entretien de sortie systématique pour tout bénévole qui réduit ou cesse son activité, sur le modèle de l'enquête menée auprès d'anciens bénévoles de la Croix-Rouge (p. 74-75), afin d'objectiver les causes réelles du désengagement plutôt que de les présumer liées à un simple manque de temps.
3️⃣ Développer des formats souples et ponctuels (missions de projet, bénévolat événementiel) pour capter un engagement direct hors cadre associatif, en nette progression chez les 15-34 ans et particulièrement chez les jeunes femmes (p. 6, p. 24).
4️⃣ Objectiver dans le suivi RH bénévole la répartition des tâches d'exécution et des fonctions d'encadrement entre hommes et femmes, afin de prévenir la reproduction du plafond de verre associatif documenté par la littérature, y compris dans les secteurs à prédominance féminine (p. 22-23).
5️⃣ Formaliser des statuts intermédiaires pour les bénévoles en phase de retrait (mise en veille, réduction temporaire) plutôt que la seule alternative rester/partir, en s'inspirant des catégories intermédiaires identifiées par Yanay et Yanay — bénévoles qui « vacillent », qui restent sur les listes de contact sans exercer (p. 76).
6️⃣ Pour les structures accueillant des volontaires en service civique, sécuriser et valoriser le rôle du tuteur, identifié comme le facteur central de l'appropriation positive du dispositif, en particulier pour les volontaires les moins dotés en ressources scolaires (p. 68-69).
4️⃣ RÉFÉRENCES COMPLÉMENTAIRES
🔍➕ Pour plus d'informations, voir les articles référencés par "Pratiques en Santé"
Autonomie associative et financements publics : une enquête localisée (INJEP, juil. 2024) — prolonge directement l'analyse du rapport sur la contractualisation et la baisse des financements publics (p. 53-64).
Les modèles socio-économiques des associations : diversité des approches (INJEP, oct. 2021) — complète la question des tensions entre innovation sociale et dépendance aux financeurs.
En externe
- Baromètre du bénévolat 2025 — France Bénévolat / IFOP, avec le soutien du Crédit Mutuel, mars 2025. Enquête chronologique de référence sur les taux d'engagement en France, mobilisée et prolongée dans le rapport analysé (source du portrait 2025 du bénévole français). https://www.francebenevolat.org/sites/default/files/u19/synth%C3%A8se%20Barom%C3%A8tre%20France%20B%C3%A9n%C3%A9volat%202025.pdf
- Baromètre jeunesse INJEP-CRÉDOC 2025 : état d'esprit et engagement des jeunes — INJEP, septembre 2025. Enquête complémentaire, conduite par l'institut même qui édite le rapport analysé, avec des données actualisées sur l'engagement des 15-30 ans et le lien entre bien-être perçu et bénévolat régulier. https://injep.fr/wp-content/uploads/2025/09/Rapport-2025-15-Baro-jeunesse-2025_Cahier1.pdf
- Fidéliser les bénévoles : un enjeu clé pour une mobilisation durable — Giving Tuesday France, décembre 2025. Retour d'expérience opérationnel (co-construction, accompagnement, convivialité) qui prolonge concrètement l'axe du rapport sur les prédicteurs organisationnels du maintien de l'engagement. https://givingtuesday.fr/fideliser-les-benevoles-enjeu-cle-pour-une-mobilisation-durable/
5️⃣ FOIRE AUX QUESTIONS
1️⃣ Le bénévolat recule-t-il en France ? Non globalement : le taux oscille autour de 20-21% depuis 2019, mais cette stabilité masque une recomposition — progression chez les jeunes, recul marqué chez les retraités (p. 6, 24).
2️⃣ Pourquoi les femmes occupent-elles peu de postes de responsabilité malgré un engagement bénévole équivalent aux hommes ? La littérature documente une division sexuelle persistante du travail bénévole : les femmes sont surreprésentées dans les fonctions d'exécution et sous-représentées dans l'encadrement, y compris dans les secteurs qu'elles dominent (p. 22-23).
3️⃣ Le service civique est-il un tremplin vers l'emploi ? Les résultats sont contrastés : certaines analyses confirment un effet de professionnalisation, d'autres montrent que l'expérience reste du « temps perdu » pour une partie des volontaires selon les ressources scolaires initiales (p. 66-69).
4️⃣ Qu'est-ce que la notion de « carrière » utilisée dans le rapport, et en quoi est-elle utile sur le terrain ? Empruntée à Howard Becker, elle permet de penser l'engagement et le désengagement comme un processus continu articulé aux autres sphères de vie plutôt que comme un choix ponctuel, ce qui invite à un accompagnement individualisé dans la durée (p. 78-79).
5️⃣ Le désengagement tient-il surtout à des raisons personnelles ou organisationnelles ? Les deux se combinent, mais la méta-analyse de Forner et al. montre que les facteurs organisationnels (communication, soutien, reconnaissance) sont ceux sur lesquels les structures ont le plus de prise (p. 74-77).
6️⃣ Qu'est-ce que « l'enrégimentement du bénévolat » évoqué dans le rapport ? Un mouvement, amorcé depuis 2015, par lequel les programmes de volontariat d'État (réserves civiques) empruntent les codes d'institutions hiérarchisées, brouillant la frontière entre engagement associatif et enrôlement (p. 68-71).
7️⃣ Comment les politiques publiques pèsent-elles concrètement sur le bénévolat local ? Via la baisse tendancielle des financements publics depuis les années 2000 et la « culture du contrat », qui poussent les associations vers les financements privés et les méthodes de gestion marchandes (p. 53-64).
6️⃣ RÉÉCRITURE EN FALC
Ce que dit le rapport
Ce rapport parle des bénévoles. Il explique pourquoi les gens s'engagent. Il explique aussi pourquoi ils arrêtent.
Qui sont les bénévoles ?
Les personnes qui ont fait des études longues sont plus souvent bénévoles. Les hommes et les femmes sont autant bénévoles l'un que l'autre. Mais les femmes ont moins souvent des postes de responsable. Les jeunes s'engagent de plus en plus. Les personnes retraitées s'engagent de moins en moins.
Pourquoi les gens arrêtent le bénévolat ?
Beaucoup de bénévoles arrêtent sans le dire. Dans le monde, 44 personnes bénévoles sur 100 ont arrêté entre 2018 et 2021. Les associations s'occupent surtout de trouver de nouveaux bénévoles. Elles s'occupent moins de garder les bénévoles déjà là.
Ce qui aide à garder les bénévoles
Bien communiquer avec les bénévoles aide à les garder. Les soutenir dans leurs missions aide aussi. Les remercier et reconnaître leur travail est important.
Ce que les associations peuvent faire
- Proposer des missions différentes selon l'âge des bénévoles.
- Demander pourquoi une personne arrête, quand elle part.
- Proposer des missions courtes et simples pour les jeunes.
- Vérifier que les femmes ont aussi des postes de responsable.
7️⃣ ANALYSE TRANSVERSALE — VALEURS DE PRATIQUES EN SANTÉ
- Littératie : Le document est une revue de littérature académique dense, sans outil de vulgarisation ni support adapté à des publics à faible littératie — sa transposition terrain suppose un travail de médiation.
- Empowerment : Le rapport ne documente pas de dispositif où les bénévoles eux-mêmes co-construisent la recherche ; il analyse leurs motivations et parcours en tant qu'objets d'étude, pas comme co-auteurs.
- Participation : Aucun mécanisme de co-construction méthodologique avec les bénévoles ou les associations n'est décrit ; il s'agit d'une synthèse de travaux universitaires tiers.
- Santé communautaire : La dimension collective est centrale, l'engagement étant présenté comme une construction sociale et organisationnelle, non comme un choix strictement individuel (p. 12, p. 81).
- Éthique : Le rapport identifie explicitement des biais dans la littérature scientifique elle-même — surreprésentation des travaux anglophones et des contextes étasuniens érigés en référence (p. 82).
- Droits humains : Le rapport pointe des pratiques restrictives (contrôle, disqualification, dissolution) visant une partie du secteur associatif engagé sur des causes comme l'antiracisme, sans les qualifier explicitement en termes de droits (p. 68-70).
- Intersectorialité : Les relations entre pouvoirs publics, collectivités territoriales et secteur non lucratif sont analysées en détail, notamment via la contractualisation et le financement (p. 53-64).
- Partenariat : Aucun modèle formalisé de collaboration bénévoles-professionnels n'est proposé comme outil ; le rapport reste analytique et non prescriptif sur ce point.
- Lutte contre les discriminations : Le document documente des discriminations de genre (plafond de verre associatif, p. 22-23) et des pratiques de contrôle ciblant des associations portées par des minorités ethnoraciales (p. 69), sans développer de grille de traitement opérationnel de ces enjeux.
8️⃣ ÉVALUATION DE LA FIABILITÉ DE LA RESSOURCE
Pertinence scientifique : élevée. Le rapport s'appuie sur une bibliographie de près de 300 références internationales et françaises, croise sociologie, psychologie et science politique, et sourcer systématiquement ses affirmations chiffrées (Enead-Injep, France Bénévolat/IFOP, enquêtes européennes EQLS et ESS). Les données citées sont actuelles (jusqu'à 2025-2026) et l'auteur signale lui-même les limites méthodologiques de la mesure du bénévolat (désirabilité sociale, formulation des questions, p. 19).
Pertinence opérationnelle : modérée en l'état. Le texte est une revue de littérature académique, non un guide pratique : il n'offre ni outil clé en main, ni check-list, ni protocole d'action directement transposable. Sa valeur pour le terrain réside dans les constats qu'il permet de mobiliser (profils, prédicteurs de désengagement, notion de carrière) plutôt que dans des recommandations opérationnelles explicites, qui restent à construire par les acteurs eux-mêmes à partir des constats de recherche.
9️⃣ HASHTAGS STRATÉGIQUES
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Cet article a été élaboré dans le respect de la Charte
d’utilisation de l’intelligence artificielle de Pratiques en Santé.
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