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Pourquoi les preuves ne suffisent pas : pouvoir, politique et un changement de stratégie pour la santé publique

Jonathan C. Heller — Population Health Institute, University of Wisconsin, et Health & Power Organizing Project. The Milbank Quarterly (Wiley Periodicals, pour le Milbank Memorial Fund)- 2026
22 septembre 2026 par
Pourquoi les preuves ne suffisent pas : pouvoir, politique et un changement de stratégie pour la santé publique
Daniel Oberlé - Pratiques en santé Oberlé
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🚨 Du laboratoire à la rue : la santé publique doit-elle renouer avec le mouvement social ? 
🔍💡 Santé publique & pouvoir : quand la preuve ne déplace plus les décisions, l’auteur propose une grille de huit formes de pouvoir et cinq leviers stratégiques.
🧭 Pouvoir citoyen, récit partagé, données co-construites : des repères pour agir sur les règles, pas seulement sur les comportements. Un cadre états-unien à transposer avec discernement.
📌  Le texte déplace le regard : si des politiques favorables à la santé échouent malgré des preuves solides, le problème n’est pas le manque de données mais un rapport de forces défavorable. Il fournit une grille lisible — huit formes de pouvoir — pour repérer, sur un dossier concret, ce qui est mobilisé et ce qui reste sous-utilisé, puis un répertoire d’action (pouvoir citoyen, récit, désobéissance non-violente). Il fait écho à la tradition de la promotion de la santé (plaidoyer, action communautaire, empowerment), tout en assumant des tactiques discutées. C’est un texte de cadrage stratégique, à transposer et à débattre, pas une boîte à outils clé en main.

Source :     

📒 Pourquoi les preuves ne suffisent pas : pouvoir, politique et un changement de stratégie pour la santé publique
✍️ Why Evidence Is Not Enough: Power, Politics, and a Strategy Shift for Public Health - Jonathan C. Heller — Population Health Institute, University of Wisconsin, et Health & Power Organizing Project. The Milbank Quarterly (Wiley Periodicals, pour le Milbank Memorial Fund)- 2026 

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Les preuves ne suffident plus  : le pouvoir en santé publique

1️⃣ Résumé analytique

Le constat : la preuve ne déplace plus les règles

Aux États-Unis, la santé publique a perdu de l’influence sur les décisions qui façonnent la santé des populations, malgré des preuves solides (protection de l’environnement, maladies infectieuses, conditions de travail, santé reproductive). L’auteur y voit un décalage : le champ s’appuie surtout sur le pouvoir des savoirs et sur l’autorité morale, alors que les acteurs qui pèsent réellement mobilisent des pouvoirs économique, politique, idéologique et physique. Dans un contexte de polarisation, de désinformation et de capture des institutions, savoirs et morale ne suffisent plus à orienter les règles. Les publics visés sont les praticiens, chercheurs, formateurs et financeurs de la santé publique orientés vers l’équité (p. 1-3).

Les apports : un répertoire de pouvoirs à rééquilibrer

Le texte propose une typologie de huit formes de pouvoir (tableau 1, p. 4) pour objectiver ce qui est utilisé et ce qui est délaissé. Il en tire cinq réorientations stratégiques : construire un pouvoir citoyen avec le monde syndical et l’organisation communautaire ; développer une « infrastructure narrative » ; renforcer le pouvoir des savoirs en démocratisant les données ; recourir, quand les institutions ne protègent plus, au pouvoir disruptif non-violent ; et mobiliser ces leviers pour contrer le pouvoir économique et politique des intérêts financiers (p. 11). Ce sont des orientations de stratégie, pas des procédures prêtes à l’emploi.

2️⃣ Points clés du document

1️⃣ Un décalage de pouvoir, pas seulement un déficit de preuves — la santé publique s’appuie sur les savoirs et la morale ; les intérêts adverses mobilisent l’économique, le politique, l’idéologique et le physique (Policy Points, p. 1 ; p. 2-3).

2️⃣ Huit formes de pouvoir — savoirs, morale, économique, politique, idéologique, physique, citoyen (solidarité) et disruptif (tableau 1, p. 4) ; grille de lecture des rapports de force.

3️⃣ Les limites du « tout-preuve » — face à des intérêts installés, la preuve seule est structurellement insuffisante ; les décideurs pratiquent un « choix de preuves au service des politiques ». Réponse proposée : justice épistémique et démocratisation des données (p. 5-6).

4️⃣ Le pouvoir citoyen, racine oubliée — les premiers succès de la santé publique (logement, assainissement, conditions de travail) sont venus des mouvements sociaux, délaissés dès les années 1920 ; l’auteur appelle à repartenarier avec l’organisation communautaire (p. 8-10).

5️⃣ Le pouvoir disruptif, en dernier recours — tactiques non-violentes (boycotts, sit-in, entraide, art), illustrées par ACT-UP qui a bloqué la FDA ; mise en garde : la disruption peut aussi servir des forces hostiles à l’équité (p. 10-11).

3️⃣ Pistes d’action pour les acteurs locaux

1️⃣ Cartographier les pouvoirs en jeu — sur un dossier local, utiliser la grille des huit formes de pouvoir (tableau 1, p. 4) pour repérer ce que votre structure mobilise, ce que mobilisent les acteurs opposés, et les leviers sous-utilisés.

2️⃣ Renforcer le pouvoir des savoirs autrement — valoriser l’expérience vécue comme donnée, co-produire et rendre les données lisibles avec les personnes concernées, plutôt que diffuser des preuves « d’en haut » (p. 5-6).

3️⃣ Nouer des partenariats durables — passer de la diffusion de messages à un engagement de fond avec le tissu associatif et l’organisation communautaire, en partant des priorités des communautés (p. 8-10).

4️⃣ Travailler le récit, pas seulement les chiffres — investir un cadrage partagé et cohérent dans la durée (« infrastructure narrative ») pour peser sur les représentations, pas uniquement sur l’argumentaire technique (p. 7-8).

5️⃣ Préparer une réponse raisonnée aux mobilisations — analyser les intérêts sous-jacents avant de réagir à une action de contestation (p. 11). Point de vigilance propre au contexte français : pour des agents publics, articuler cet engagement avec le cadre légal et le devoir de réserve.

6️⃣ Transposer au contexte français et européen — les exemples (Citizens United, agence environnementale, CDC) sont états-uniens ; les relire à l’aune des Chartes d’Ottawa et de Genève, des déterminants commerciaux de la santé et du plaidoyer « en amont ». Besoin non couvert par le texte : l’outillage concret de mise en œuvre — à compléter par des guides opérationnels de plaidoyer.

4️⃣ Références complémentaires

1️⃣ Association canadienne de santé publique (ACSP), Une approche de santé publique en matière de plaidoyer politique (2025). Pose explicitement la nature politique de la santé publique et le fait que la décision ne peut reposer sur les seules preuves — miroir direct de la thèse de Heller, en français et en contexte francophone. cpha.ca/fr/sante-publique-plaidoyer-politique

2️⃣ McKinney E., Costello S., Fagan M. / OMS-CCLAT (Knowledge Hub, Santé publique France), Championing Change: A Guide to Public Health Advocacy (2025, Institute of Public Health, Dublin/Belfast). Le pendant opérationnel qui manque à l’article : cadre en étapes du plaidoyer « en amont » contre les intérêts commerciaux et politiques. Guide en anglais ; page de présentation en français. extranet.who.int — Promouvoir le changement (guide de plaidoyer)

3️⃣ Centre de collaboration nationale des déterminants de la santé (CCNDS), Partenariats avec des groupes d’organisation communautaire — guide de pratiques (2025). Traduit en actions le « pouvoir citoyen » central chez Heller ; disponible en français. Réserve : c’est une ressource vers laquelle l’article lui-même renvoie (pont opérationnel francophone assumé comme tel). nccdh.ca/fr — Partenariats avec des groupes d’organisation communautaire

 

5️⃣ Foire aux questions (FAQ)

1️⃣ Quelle est la thèse centrale ? — la marginalisation politique de la santé publique tient à un décalage entre les pouvoirs qu’elle mobilise (savoirs, morale) et ceux qui gouvernent les décisions (économique, politique, idéologique, physique) (p. 1-3).

2️⃣ Combien de formes de pouvoir sont décrites ? — huit, réunies dans le tableau 1 (p. 4) : savoirs, morale, économique, politique, idéologique, physique, citoyen, disruptif.

3️⃣ Faut-il abandonner les preuves ? — non. L’article propose de les renforcer (justice épistémique, données démocratisées) et de les combiner aux autres formes de pouvoir (p. 5-6).

4️⃣ Qu’est-ce que le « pouvoir citoyen » ? — des personnes en relation qui agissent ensemble (réseaux, alliances, organisation communautaire, syndicats), moteur des premiers succès de la santé publique (p. 8-10).

5️⃣ Le pouvoir disruptif est-il légitime et légal ? — l’article vise des tactiques non-violentes (boycotts, sit-in, entraide) aux risques assumés, à mobiliser quand les institutions ne protègent plus, et à toujours analyser au cas par cas (p. 10-11).

6️⃣ À qui s’adresse le texte ? — aux praticiens, chercheurs, formateurs et financeurs de la santé publique orientés vers l’équité, dans l’administration, les associations, l’université et les fondations (p. 2).

7️⃣ Est-ce transposable hors des États-Unis ? — le cadre (typologie, leviers) l’est ; les exemples institutionnels sont états-uniens et demandent une transposition au contexte français et européen (tout le texte).

6️⃣ Réécriture en FALC (Facile À Lire et à Comprendre)

De quoi parle ce texte ?

  • La santé publique protège la santé de tous.

  • Souvent, elle apporte des preuves. Mais les preuves ne suffisent pas.

  • Les décisions dépendent aussi du pouvoir.

  • Ce texte explique comment la santé publique peut avoir plus de pouvoir.

Les idées principales

  • Il existe huit façons d’avoir du pouvoir.

  • La santé publique utilise surtout le savoir et la morale.

  • Les grandes entreprises utilisent l’argent et la politique.

  • Le savoir seul ne gagne pas contre l’argent et la politique.

  • Il faut travailler avec les habitants et les associations.

  • Il faut raconter une histoire claire et partagée.

  • Parfois, il faut agir autrement : manifester sans violence, s’entraider.

  • Ce texte vient des États-Unis. Il faut l’adapter à la France.

7️⃣ Analyse transversale — Valeurs de Pratiques en Santé

Littératie : partielle — l’article plaide pour rendre les données lisibles et pour valoriser l’expérience vécue, mais reste un texte académique dense (p. 5-6).

Empowerment : central — redistribuer le pouvoir vers les communautés est le cœur du propos (pouvoir citoyen, p. 8-10).

Participation : forte — co-production des données et des priorités avec les groupes concernés, à partir de leur agenda (p. 5-6, 9).

Santé communautaire : dimension collective assumée via l’organisation communautaire et l’alliance avec les mouvements sociaux (p. 8-10).

Éthique : mise en garde contre la stigmatisation liée aux appels moraux et contre les pratiques coercitives contraires à l’équité (p. 6, 8).

Droits humains : l’équité en santé et la protection des populations marginalisées structurent tout l’argumentaire (p. 3, 11-12).

Intersectorialité : oui — alliances avec le monde syndical, associatif et les mouvements sociaux au-delà du champ sanitaire (p. 6-7, 9).

Partenariat : modèles nommés (partenariats santé publique / organisation communautaire) et exemples concrets cités (p. 9-10).

Lutte contre les discriminations : les hiérarchies sociales (classe, « race », statut migratoire, genre, orientation) sont posées comme causes d’inégalités de santé (p. 3, 8).

8️⃣ Évaluation de la fiabilité de la ressource

Pertinence scientifique : revue à comité de lecture reconnue (The Milbank Quarterly), mais il s’agit d’une « Perspective » — un essai argumentatif normatif, non une revue systématique ni une étude empirique. Le raisonnement s’appuie sur une typologie du pouvoir établie (French & Raven 1959 ; Moon 2019 ; Bhargava & Luce 2023). Les exemples marquants s’appuient sur des sources de presse récentes (New York Times, 2026) ou des rapports : ils illustrent la thèse, ils ne l’objectivent pas. À distinguer : le cadre conceptuel (solide) et les exemples cités (contextuels, à vérifier).

Pertinence opérationnelle : le texte est stratégique et conceptuel, pas un outil de terrain. Désalignement partiel de gabarit : il donne des orientations, non des procédures. Sa valeur pour le terrain tient au recadrage (« pourquoi la preuve ne suffit pas ») et au répertoire de leviers, à condition de le transposer au contexte français et de le compléter par des guides opérationnels.

9️⃣ Hashtags stratégiques

#pratiquesensante #SantéPublique #Plaidoyer #DéterminantsStructurels #PromotionSanté #Empowerment #OrganisationCommunautaire #ÉquitéEnSanté

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