🚨Sauver les gens de la rivière… ou empêcher qu'ils y tombent ?
🔍💡 Déterminants de la santé : une grille simple pour repérer si vos actions traitent les causes ou seulement les effets des inégalités. 🌊 Un outil de posture, pas une recette.
📌 Ce document donne un langage commun et une grille de lecture immédiatement utilisables pour situer chaque action — la sienne comme celle de ses partenaires — sur un continuum aval / intermédiaire / amont. Il aide à nommer pourquoi des dispositifs bien intentionnés (bons alimentaires, ateliers de comportement) ne réduisent pas les inégalités s'ils ne touchent pas les causes structurelles. Il fournit des repères concrets pour déplacer, même modestement, son travail vers l'amont depuis sa position actuelle, et des questions prêtes à l'emploi pour animer une équipe. Son intérêt majeur : il transforme un concept abstrait en réflexe d'analyse partageable
Source :📒 Se diriger vers l'amont : Parlons-en✍️ Dianne Oickle et Mandy Walker — Centre de collaboration nationale des déterminants de la santé (CCNDS), Université St. Francis Xavier, Antigonish (Nouvelle-Écosse, Canada), financé par l'Agence de la santé publique du Canada

1️⃣ RÉSUMÉ ANALYTIQUE
De la rive à la source : repenser où l'on agit. Le document reprend la métaphore de la rivière (attribuée à Irving Zola et McKinlay) : à force de repêcher des personnes emportées par le courant, on finit par remonter à la source pour comprendre pourquoi elles y tombent (p. 2). Il rappelle que tout le monde n'a pas une chance égale : la stigmatisation, la discrimination et l'oppression « poussent » certaines personnes dans les rapides, tandis que des conditions socio-économiques défavorables rendent la rive plus glissante (p. 2-3). Le public visé est large — santé publique, organismes communautaires, professionnels de santé, partenaires intersectoriels — et le problème posé est structurel : un système centré sur la responsabilité individuelle et le biomédical peine à agir sur les causes profondes (p. 9).
Un cadre pour déplacer son action vers l'amont. Le document distingue trois niveaux d'intervention — aval (résultats de santé), intermédiaire (conditions de vie), amont (déterminants structurels : valeurs, normes, lois, pouvoir) — et les met en pratique dans des tableaux d'exemples concrets (p. 5-8). Son apport opérationnel est une posture réflexive outillée : questionner ses propres postulats, « parler du pouvoir », résister à la dérive du mode de vie, mobiliser l'autodétermination communautaire, mesurer autrement (indicateurs qualitatifs, relations, expériences de discrimination) et adopter un langage centré sur les systèmes plutôt que sur la faute individuelle (p. 11-14). Le message-clé : aucune action n'est intrinsèquement « en amont », mais chacun peut orienter la sienne davantage vers la source depuis sa position actuelle (p. 10).
2️⃣ POINTS CLÉS DU DOCUMENT
1️⃣ Un continuum en trois niveaux structure toute l'analyse : l'aval agit sur les résultats de santé (physique et mentale), l'intermédiaire sur les déterminants sociaux (conditions de vie et environnementales), l'amont sur les déterminants structurels — règles écrites et non écrites, pouvoir, ressources, systèmes d'oppression (figure 1, p. 5 ; tableau 1, p. 6-7). C'est l'outil de repérage central du document.
2️⃣ « En amont » recouvre trois réalités distinctes : un concept (position relative de l'intervention), une justification éthique (le pourquoi on travaille pour l'équité) et une façon de penser et de travailler (état d'esprit, allocation de ressources, mobilisation intersectorielle) — p. 3. Cette clarification évite l'usage flou du terme.
3️⃣ Répondre à un besoin immédiat n'est pas intervenir en amont : refuges, bons alimentaires ou programmes récréatifs gratuits restent centrés sur les circonstances individuelles ; de même, une intervention « universelle » n'est pas automatiquement en amont si elle ne touche pas les déterminants structurels (p. 9). Distinction essentielle pour ne pas surévaluer ses propres dispositifs.
4️⃣ La « dérive du mode de vie » (lifestyle drift) est un piège nommé et documenté : les politiques reconnaissent d'abord la nécessité d'agir en amont, puis glissent vers les facteurs individuels de mode de vie, plus faciles à mettre en œuvre et à mesurer — ce qui peut accroître les inégalités (p. 12). Le document invite à surveiller activement ce glissement.
5️⃣ Une boîte à outils réflexive concrète : « parler du pouvoir » (sources visibles, cachées, invisibles), l'exercice des « 5 pourquoi » appliqué à une situation (p. 12), le passage à un langage centré sur les systèmes — « personnes marginalisées par l'oppression » plutôt que « personnes marginalisées » (p. 14) — et de nouveaux indicateurs (qualité de vie, relations établies, expériences de discrimination) pour évaluer l'action en amont (p. 13).
3️⃣ PISTES D'ACTION POUR LES ACTEURS LOCAUX
1️⃣ Cartographier son portfolio avec les questions de discussion (p. 15) : où se situe la majeure partie de mon travail sur la rivière ? Utiliser la figure 1 et le tableau 1 (p. 5-6) comme grille de positionnement en réunion d'équipe.
2️⃣ Tester la profondeur d'un dispositif existant avec l'encadré « Comment savoir si vos actions se situent plus en amont ? » (p. 13) : si l'action ne modifie pas les facteurs structurels et sociaux, elle est en aval — l'assumer et chercher à la relier à un levier plus amont.
3️⃣ Adopter l'exercice des « 5 pourquoi » à l'accueil (p. 12) pour remonter des symptômes vers les causes (ex. dépression → stress → perte d'emploi → absence de congés maladie payés) et réorienter l'orientation vers la résolution d'obstacles plutôt que la modification des comportements (p. 11).
4️⃣ Relier un service en aval à un levier plus en amont : sur le modèle de l'intégration d'un service de déclaration de revenus en clinique communautaire (p. 4), coupler un dispositif existant à un soutien sur le revenu, le logement ou l'emploi (tableaux 2-3, p. 8).
5️⃣ Réviser le langage organisationnel (p. 14) : repérer dans les documents internes les formulations qui rejettent la faute sur les personnes et les reformuler pour désigner les causes systémiques — un chantier peu coûteux et à fort effet symbolique.
6️⃣ Partager le pouvoir de décision avec les communautés (p. 12) : soutenir les groupes d'organisateurs communautaires dans la définition des priorités, plutôt que de définir pour eux. Adaptation nécessaire pour le contexte français : plusieurs exemples « amont » sont propres au Canada (droits fonciers autochtones, couverture des migrants sans papier, décolonisation) ; il faut les transposer aux leviers français (accès aux droits, non-recours, lutte contre les discriminations, politiques de la ville).
4️⃣ RÉFÉRENCES COMPLÉMENTAIRES
- Santé publique France — Les inégalités de santé : le poids des déterminants sociaux de santé (données du Baromètre 2024, mis à jour le 16 décembre 2025). Panorama chiffré français du gradient social et des discriminations : ancre le concept canadien « en amont » dans des données de terrain hexagonales.
👉 https://www.santepubliquefrance.fr/inegalites-sociales-et-territoriales-de-sante/les-inegalites-de-sante-le-poids-des-determinants-sociaux-de-sante - INSPQ — Déterminants de la santé (modèle du Programme national de santé publique 2025-2035, mis à jour le 18 février 2026). Cadre francophone récent classant les déterminants en quatre ensembles (contexte global, systèmes publics, milieux de vie, caractéristiques individuelles) : complément conceptuel directement mobilisable.
👉 https://www.inspq.qc.ca/notions-sante-publique/determinants - INSPQ — Responsabilité populationnelle (mis à jour le 18 février 2026). Opérationnalise « agir en amont » à l'échelle d'un territoire (exemple du diabète, partenariats intersectoriels) : traduit la posture du document en démarche organisationnelle concrète.
👉 https://www.inspq.qc.ca/notions-sante-publique/responsabilite-populationnelle
5️⃣ FOIRE AUX QUESTIONS (FAQ)
1️⃣ Concrètement, que signifie « travailler en amont » ?
S'attaquer aux causes profondes, non médicales, des résultats de santé — les déterminants structurels comme les lois, normes, valeurs et rapports de pouvoir — plutôt qu'aux seuls comportements individuels (p. 3-4).
2️⃣ Quelle est la différence entre les trois niveaux d'intervention ?
Aval = soigner et répondre aux besoins immédiats ; intermédiaire = améliorer les conditions de vie et environnementales ; amont = transformer les facteurs structurels qui façonnent ces conditions (tableau 1, p. 6-7).
3️⃣ Répondre à une urgence sociale, est-ce agir en amont ?
Non. Refuges, bons alimentaires ou aides ponctuelles atténuent les répercussions mais restent en aval ; c'est nécessaire, mais ce n'est pas la même chose qu'intervenir sur les causes (p. 9).
4️⃣ Faut-il abandonner les actions en aval ?
Non — elles répondent à des besoins réels. Le document invite à agir à toutes les positions, tout en dirigeant son regard vers la source pour renforcer l'incidence de ses actions (p. 11).
5️⃣ Qu'est-ce que la « dérive du mode de vie » et comment la repérer ?
C'est la tendance des politiques à reconnaître d'abord la nécessité d'agir en amont, puis à glisser vers les facteurs individuels de mode de vie. On la repère quand les solutions se concentrent sur le comportement plutôt que sur les conditions structurelles (p. 12).
6️⃣ Comment savoir si mon action est vraiment en amont ?
Vérifier qu'elle porte sur des facteurs structurels et sociaux et qu'elle mesure des changements dans les relations, les secteurs engagés, la qualité de vie et les expériences de discrimination (encadré, p. 13).
7️⃣ Je ne fais pas de politique publique : puis-je quand même agir en amont ?
Oui. On peut changer les politiques, pratiques, normes et valeurs de son propre organisme, utiliser sa voix pour plaider, et s'allier à des partenaires — « le système, c'est nous » (p. 10).
6️⃣ RÉÉCRITURE EN FALC
Ce que dit le document
Le document parle d'une rivière.
Des personnes tombent dans l'eau.
On les sauve une par une.
Mais c'est fatigant et sans fin.
Alors on remonte vers la source.
On cherche pourquoi elles tombent dans l'eau.
Souvent, elles tombent à cause de leur vie difficile.
Par exemple : pas d'argent, pas de logement, du racisme.
Ces causes sont plus fortes que les choix de chacun.
Les trois façons d'aider
Il y a trois manières d'agir :
- Aval : on soigne les gens. On répond aux besoins urgents.
- Intermédiaire : on améliore les conditions de vie.
- Amont : on change les grandes règles de la société.
Agir « en amont » veut dire : changer les causes profondes.
Ce que le document conseille
- Regardez où se trouve votre travail.
- Demandez « pourquoi ? » plusieurs fois. Cela aide à trouver la vraie cause.
- Ne rejetez pas la faute sur les personnes.
- Changez les mots que vous utilisez.
- Partagez les décisions avec les habitants.
- Vous pouvez agir un peu plus en amont, chaque jour.
Note : « en amont » = agir sur les causes. « En aval » = soigner les effets.
7️⃣ ANALYSE TRANSVERSALE — VALEURS DE PRATIQUES EN SANTÉ
- Littératie : le document promeut un langage centré sur les systèmes et propose une version pédagogique simple (série « Parlons-en »), mais ne fournit pas d'outils gradués selon les niveaux de compréhension des publics visés (p. 14).
- Empowerment : central — l'autodétermination communautaire et le partage du pouvoir de décision sont présentés comme des stratégies intrinsèquement « en amont » (p. 12).
- Participation : la co-construction passe par la mobilisation des membres des communautés dans l'établissement des priorités et la prise de décision (p. 12).
- Santé communautaire : dimension collective pleinement intégrée — l'objectif est la santé de la communauté, de la population et de la société, pas seulement de l'individu (p. 9).
- Éthique : les biais et rapports de pouvoir (privilège, positionnalité, réflexivité critique) sont explicitement nommés et invités à être interrogés (p. 11).
- Droits humains : l'équité et l'inclusion sont le fil conducteur ; le respect des droits de la personne figure parmi les leviers en amont (p. 7).
- Intersectorialité : recommandée comme caractéristique essentielle de l'approche en amont — partenaires de tous secteurs et communautés (p. 3-4).
- Partenariat : formalisé via la collaboration avec organismes professionnels, employeurs et organisateurs communautaires (p. 7, 10).
- Lutte contre les discriminations : très présente — racisme, colonialisme, stigmatisation et exclusion sont désignés comme leviers d'inégalités ; le non-jugement et la diversité (sexuelle, de genre) sont pris en compte (tableaux 1 et 3, p. 6-8).
8️⃣ ÉVALUATION DE LA FIABILITÉ DE LA RESSOURCE
Pertinence opérationnelle : très élevée. Tableaux d'exemples aux trois niveaux, questions de discussion prêtes à animer, exercices concrets (« 5 pourquoi », test « suis-je en amont ? »), grille d'indicateurs. Réserve principale : ancrage canadien fort (contexte législatif, exemples autochtones, compétences en santé publique du Canada) qui exige une transposition pour un usage français ou européen.
9️⃣ HASHTAGS STRATÉGIQUES
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