📢🤝 Trois appels à l'action : redevabilité publique, solidarité intersectionnelle, équité en santé mondiale vue comme une nécessité pragmatique.
Face aux coupes de financement et au recul des droits (p. 3), les autrices refusent de s'adapter en silence. Elles invitent chacun à se demander ce qu'il peut faire à son niveau, « d'abord en tant que citoyen » (p. 4). Le texte définit trois notions : redevabilité publique, solidarité intersectionnelle et équité en santé mondiale (p. 4-5). Il donne des exemples concrets d'engagement : rendre visibles les coûts humains des décisions de financement, traduire les résultats sous des formes accessibles au public, co-créer des rapports avec la société civile, relier les organisations de terrain aux décideurs (p. 4). Il demande enfin d'examiner sa propre position de pouvoir et de privilège, et de se mobiliser sous le leadership des populations en situation de vulnérabilité (p. 4-5). C'est un texte de réflexion et d'appel à l'action, pas un guide pratique : il ne propose ni outil ni méthode.
✍️ Under fire, unyielding: tripling down on public accountability and intersectional solidarity for global health equity. - Global Health Promotion, vol. 33, n° 2, p. 3-6 — rubrique « Editorial » (p. 3)
Muriel Mac-Seing (Département de médecine sociale et préventive, École de santé publique, Université de Montréal ; Centre de recherche en santé publique), Charity Oga-Omenka (University of Waterloo ; McGill International TB Centre ; Institute of Human Virology Nigeria), Joanne Liu (Université de Montréal ; School of Population and Global Health et Pandemic and Emergency Readiness Lab, McGill University)
🎙️🎥 Capsules Audio/Vidéo de Pratiques en Santé : https://www.youtube.com/watch?v=g6Q9i9sZQLo
1️⃣ RÉSUMÉ
Trois femmes canadiennes racisées signent ce texte : deux chercheuses en début de carrière nées en Afrique subsaharienne, et une humanitaire expérimentée (p. 4). Elles décrivent une santé mondiale « sous le feu » : conflits, recul des droits des femmes, des minorités sexuelles et de genre et des personnes migrantes, attaques contre la liberté académique (p. 3). S'y ajoutent la fermeture de l'USAID en juillet 2025, après la suppression de plus de 80 % de ses programmes, et les coupes du PEPFAR et du soutien au Fonds mondial. Selon une étude de modélisation, ces coupes pourraient causer des millions de décès évitables d'ici 2030 (p. 3, réf. 3).
Refusant de « s'adapter en silence », les autrices interpellent chercheurs, praticiens et humanitaires, « mais d'abord » en tant que citoyens. Elles lancent trois appels : revitaliser la redevabilité publique, incarner la solidarité intersectionnelle et reconnaître l'équité en santé mondiale comme une nécessité pragmatique (p. 4-5). Elles concluent qu'il faut refuser de normaliser la catastrophe et faire de la recherche un instrument de justice, pour passer de la vision à l'action (p. 5).
2️⃣ CE QU'IL FAUT RETENIR
1️⃣ Revitaliser la redevabilité publique (appel des autrices, p. 4). Constat : quand les pays donateurs réduisent le financement de la santé mondiale tout en maintenant ou augmentant leurs budgets militaires, et que des interventions éprouvées restent inaccessibles faute de volonté politique et non de capacités techniques, c'est « un échec profond de la redevabilité publique ». Définition : participation active du public (communautés, organisations de la société civile, universités, y compris les professionnels de santé interdisciplinaires et intersectoriels) pour mettre au jour des iniquités et injustices étayées par des preuves et proposer des alternatives aux défaillances du leadership, de la gouvernance et des processus démocratiques en santé mondiale (réf. 5)
2️⃣ Incarner la solidarité intersectionnelle (appel des autrices, p. 4-5) : s'engager réellement à éliminer « toutes les formes d'asymétries de pouvoir au sein d'une coalition », nouer des partenariats authentiques, déplacer le pouvoir et repenser la conception et la mise en œuvre des initiatives (réf. 7) ; collaborer avec les communautés les plus vulnérables et leurs organisations représentatives ; réfléchir à sa propre position de pouvoir et de privilège (réf. 8). Un partenariat équitable n'est pas une coopération bienveillante depuis une position de privilège, mais une lutte commune avec les communautés. Les autrices reconnaissent détenir, comme chercheuses du Nord, des avantages structurels supérieurs à ceux de leurs collègues du Sud. C'est un processus long et intergénérationnel (p. 5)
3️⃣ L'équité en santé mondiale, une nécessité pragmatique et non une utopie (appel des autrices, p. 5). Elles invoquent la COVID-19, les zoonoses émergentes, l'approche Une seule santé (One Health) et le changement climatique. Le cadre des déterminants sociaux rappelle, selon elles, que les iniquités de santé sont produites par des choix politiques (réf. 11). Les iniquités de santé ne sont ni naturelles ni inévitables : elles résultent de choix politiques sur la répartition des ressources et du pouvoir, les structures de gouvernance et « les vies que nous valorisons, ou non » (réf. 11). Les autrices appellent à une approche décoloniale et au rejet du « complexe industriel du sauveur blanc » (réf. 12).
Elles concluent qu'il faut refuser de normaliser la catastrophe et de se replier sur des projets « sûrs et finançables », faire de la recherche un instrument de justice plutôt qu'une simple documentation de la souffrance, et passer de la vision à l'action. Non parce que l'action individuelle inversera les tendances mondiales, mais parce que la résistance collective peut préserver la possibilité d'un avenir plus juste (p. 5)
3️⃣ POUR AGIR
1️⃣ Rendre visibles les coûts humains des décisions de financement (action explicitement demandée par le document, p. 4). Exemples donnés par les autrices : traduire les résultats sous des formes publiques accessibles, co-créer des rapports avec la société civile et les partenaires communautaires, relier les organisations de terrain aux décideurs, dire la vérité au pouvoir (speaking truth to power) » et « surveiller ces décisions pour éviter qu'elles ne se perdent dans le silence bureaucratique ou dans des publications au service des carrières » (p. 4)
2️⃣ Examiner sa propre position de pouvoir et de privilège (action explicitement demandée par le document, p. 4-5) : écouter les populations en situation de vulnérabilité, qualifiées d'expertes de leurs propres réalités, et se mobiliser sous leur leadership, par exemple en recherche, plaidoyer politique fondé sur les preuves ou mobilisation des connaissances, le développement d'initiatives » à la liste (recherche, développement d'initiatives, plaidoyer fondé sur les preuves, mobilisation des connaissances).
3️⃣ Nouer des partenariats stratégiques avec des organisations de la société civile diverses, proches ou non de ses positions, au Nord comme au Sud (action explicitement demandée par le document, p. 4), et s'engager dans des coalitions en construisant la confiance par une action constante dans la durée (p. 4-5).
Le document ne cite aucun outil existant et ne propose pas de méthode. Ses appels visent d'abord la santé mondiale et les relations Nord-Sud (p. 4-5).
Suggestion Pratiques en Santé : ces appels peuvent être transposés à l'échelle d'un territoire, par exemple pour documenter et rendre publics les effets locaux des inégalités sociales de santé avec les personnes concernées. Cette transposition n'est pas proposée par le document.
4️⃣ 3 QUESTIONS PRATIQUES
1️⃣ Qui est concerné par la redevabilité publique ? Le public au sens large : communautés, organisations de la société civile, universités, y compris les professionnels de santé interdisciplinaires et intersectoriels. Les autrices appellent à dépasser l'observation passive et la simple documentation en mobilisant la capacité à produire et traduire des connaissances pour peser sur les politiques » (réf. 5).
2️⃣ Que veut dire « redéfinir l'alliance » (allyship) ? Passer de « l'étude des opprimés » à l'examen de la façon dont chercheurs, professionnels et citoyens privilégiés perpétuent eux-mêmes des systèmes d'iniquité (p. 5, réf. 8). Écrire et publier sur l'équité ne suffit pas (p. 5).
3️⃣ Quelles pistes de changement systémique le texte rapporte-t-il ? Selon cinq rapports régionaux : décentraliser le pouvoir vers les pays et les régions, financer durablement au-delà d'une aide volatile (fonds régionaux, mécanismes de transaction mondiaux), élargir les priorités au-delà des pandémies vers les soins de santé primaires et l'équité en santé mondiale (p. 5, réf. 13).
5️⃣ POUR ALLER PLUS LOIN
Ressource externe — Emoto S., Ferguson L., Baezconde-Garbanati L., Hu H., Samari G., Gruskin S. « Promoting More Equitable Global Health Research, Education, and Community Partnerships: The Efforts of One US-Based Academic Institution », Annals of Global Health, 2025, vol. 91, n° 1, art. 31 (11 juin 2025, accès libre, en anglais). Huit principes de partenariat équitable adoptés par une université (gouvernance partagée, réciprocité, partage de l'information, redevabilité…), chacun décliné en composantes concrètes.
https://annalsofglobalhealth.org/articles/10.5334/aogh.4772
6️⃣ #️⃣ HASHTAGS
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