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Le slut shaming : étude qualitative d'une forme de sexisme ordinaire dans le discours et les représentations d'adolescents

✍️ Margot Goblet, Fabienne Glowacz – Université de Liège / Université de l'Ontario français – 4ième trimestre 2021
21 December 2025 by
Le slut shaming : étude qualitative d'une forme de sexisme ordinaire dans le discours et les représentations d'adolescents
Daniel Oberlé - Pratiques en santé Oberlé
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🔍💬📱 "Slut shaming" : quand les ados reproduisent des stéréotypes sans même les nommer. Une étude qualitative révèle comment les jugements genrés et la culpabilisation des victimes s’imposent comme une norme chez les adolescents, entre pairs et sur les réseaux. Des pistes pour agir en prévention et briser le silence.

Source :   Le slutshaming : étude qualitative d'une forme de sexisme ordinaire dans le discours et les représentations d'adolescents   📜🔗LIEN 

Au coeur du sujet 

Résumé analytique 

1. Contexte et enjeux : Le slut shaming, un sexisme invisible mais omniprésent

Le slut shaming, défini comme la stigmatisation d’un·e individu·e en raison de son apparence, de sa disponibilité sexuelle perçue ou de ses comportements sexuels, agit comme une sanction des performances genrées jugées inadéquates. Cette étude qualitative, menée auprès d’adolescent·es belge·s, explore comment ce phénomène s’inscrit dans leur quotidien, notamment à travers les réseaux sociaux et les interactions entre pairs. Les auteur·es soulignent que le slut shaming est une expérience "sans nom" pour les jeunes, bien qu’il influence leurs jugements, notamment en matière de responsabilisation des victimes de violences sexuelles. Il s’agit d’une forme de sexisme ordinaire, ancrée dans une culture adolescente où les normes genrées sont coconstruites et sanctionnées par le groupe. L’étude met en lumière l’absence de consensus sur sa définition, son caractère diffus, et son rôle dans la perpétuation des inégalités entre filles et garçons.

2. Apports opérationnels : Déconstruire les stéréotypes pour agir sur le terrain

L’analyse des discours d’adolescent·es révèle que le slut shaming repose sur un double standard : les filles sont jugées plus sévèrement que les garçons pour des comportements similaires (tenue vestimentaire, nombre de partenaires, pratiques sexuelles). Les résultats montrent aussi que les jeunes, bien que sensibles à ces discriminations, peinent à les nommer et à s’y opposer. L’étude propose des pistes concrètes pour la prévention :

  • Nommer le slut shaming pour le rendre visible et questionnable.
  • Travailler sur les représentations genrées dès la fin de l’école primaire, en s’appuyant sur les valeurs de tolérance et d’équité qu’ils·elles portent.
  • Créer des espaces de parole pour permettre aux jeunes de partager leurs expériences et de déconstruire les stéréotypes.
  • Impliquer les garçons dans la réflexion, car ils sont à la fois acteurs et témoins de ces mécanismes.

L’étude insiste sur l’importance d’interventions précoces et mixtes, intégrant la spécificité des vécus féminins et masculins, pour briser le cycle de la culpabilisation des victimes et promouvoir une culture du respect.

Points à retenir

  • Le slut shaming comme mécanisme de contrôle genré : Il sanctionne les écarts aux normes de féminité et de masculinité, notamment via les rumeurs, l’ostracisme ou les insultes (p. 252-254).
  • Un phénomène ancré dans la culture adolescente : Les jeunes reproduisent des jugements genrés sans toujours en avoir conscience, notamment à travers les réseaux sociaux (sexting, diffusion d’images intimes) (p. 256-258).
  • Le double standard en action : Les filles sont plus rapidement étiquetées ("fille facile", "pute") que les garçons, pour des comportements identiques (p. 260-262).
  • Lien avec la culpabilisation des victimes : Le slut shaming alimente le victim blaming, surtout dans les cas de sexting secondaire, où la victime est partiellement tenue pour responsable (p. 264-266).
  • Des dynamiques différentes selon le genre : Les filles subissent davantage de stigmatisation, tandis que les garçons peuvent être valorisés pour les mêmes comportements (p. 262-264).
  • Pistes pour l’action : L’étude recommande de déconstruire les stéréotypes via des programmes éducatifs et de favoriser la mixité dans les discussions pour confronter les points de vue (p. 270-272).

Pistes d'action

  1. Organiser des ateliers de sensibilisation sur le slut shaming et le victim blaming, en utilisant des supports vidéo (comme la campagne "Arrête.be") pour déclencher des débats (p. 255).
  2. Former les professionnel·les (enseignant·es, éducateur·rices) à repérer et aborder ces mécanismes, en insistant sur le rôle des pairs dans la reproduction des normes (p. 271).
  3. Créer des espaces non mixtes pour permettre aux filles et aux garçons d’exprimer leurs vécus spécifiques, puis des espaces mixtes pour confronter les représentations (p. 268).
  4. Intégrer la prévention du slut shaming dans les programmes d’éducation à la sexualité, en lien avec les enjeux du consentement et du respect (p. 272).

Autres références

🔍➕ Pour plus d'informations, voir les articles référencés par "Pratiques en Santé" sur le thème sur   ➡️🔗 

Slut-shaming et santé mentale des adolescentes

Auteures : Lavigne R.M., Martin-Storey A., et al. Publication : 2025 Résumé : Une étude récente explore les barrières et facilitateurs à la recherche d’aide chez les adolescentes victimes de slut-shaming, soulignant les répercussions néfastes sur leur bien-être psychologique et leur confiance en soi. Référence : Lien vers le rapport

Slut-shaming et rumeurs sexuelles : une modalité de contrôle social

Source : Québec Science, 2024 Résumé : La sociologue interviewée explique que le slut-shaming repose sur la surveillance et le jugement de la sexualité des filles, souvent via des rumeurs. Les garçons impliqués dans les mêmes situations sont rarement stigmatisés, illustrant le double standard sexuel. La rumeur sexuelle est identifiée comme une modalité centrale du slut-shaming, avec des conséquences graves sur la santé mentale des victimes. Référence : Lien vers l’article

Le slut-shaming au quotidien : rôle de la famille et du regard masculin

Auteure : Élisabeth Mercier Publication : Sexuality & Culture, 2025 Résumé : Basée sur 18 entretiens avec des femmes de 21 à 47 ans et une revue de la littérature, cette recherche met en lumière les manifestations quotidiennes du slut-shaming, notamment dans la famille (mères transmettant la honte sexuelle par peur des violences) et dans le regard des hommes. Elle souligne que la honte et la culpabilisation des femmes sont souvent intériorisées dès l’enfance, limitant leur liberté et leur estime de soi. Référence : Lien vers l’article

RESSOURCES ADDITIONNELLES

Analyse transversale

Les points de repères -  📜🔗LIEN 

Analyse transversale selon les valeurs de Pratiques en Santé

  • Littératie : Le document utilise un langage accessible, mais suppose une familiarité avec les concepts de genre et de sexisme. Des outils pédagogiques seraient utiles pour le rendre compréhensible à tous·tes.
  • Empowerment : Les jeunes sont peu impliqué·es dans la conception des solutions, mais leur parole est centrale dans l’analyse.
  • Participation : La méthodologie (groupes de discussion) favorise la co-construction du sens, mais les propositions d’action restent top-down.
  • Santé communautaire : L’étude souligne l’importance des dynamiques de groupe dans la reproduction des normes, mais n’aborde pas les alliances possibles avec d’autres acteurs (famille, associations).
  • Éthique : Les biais genrés sont identifiés et analysés, mais les intersections avec d’autres discriminations (raciales, sociales) ne sont pas explorées.
  • Droits humains : L’approche respecte les principes d’équité, mais la dimension intersectionnelle est absente.
  • Intersectorialité : L’étude recommande des partenariats entre école, santé et social, sans les détailler.
  • Lutte contre les discriminations : Le slut shaming est traité comme une discrimination genrée, mais d’autres formes (racisme, validisme) ne sont pas mentionnées.

Synthèse : Ce document est fiable sur le plan scientifique et opérationnel, mais gagnerait à élargir son analyse aux discriminations croisées et à impliquer davantage les jeunes dans la conception des solutions

Questions à choix multiples

Partie 1 : Questions

Question 1 : Selon les études récentes, quelle est la principale conséquence du slut shaming sur les jeunes filles ? a) Une meilleure estime de soi grâce à la visibilité sur les réseaux sociaux b) Une augmentation des risques de harcèlement, de culpabilisation et d’isolement c) Une diminution des comportements sexuels à risque d) Une amélioration de leur réputation auprès des pairs

Question 2 : Quel outil a été utilisé dans l’étude de Margot Goblet et Fabienne Glowacz pour déclencher des débats avec les adolescent·es sur le slut shaming ? a) Des questionnaires anonymes en ligne b) Des capsules vidéo de la campagne "Arrête.be" c) Des jeux de rôle sur le consentement d) Des affiches de prévention dans les couloirs

Question 3 : Pourquoi certains·tes adolescent·es estiment-ils·elles que les victimes de sexting secondaire sont partiellement responsables ? a) Parce qu’ils·elles ignorent les lois sur le consentement b) Parce qu’ils·elles adhèrent aux mythes du viol et jugent que la victime "l’a cherché" c) Parce qu’ils·elles craignent d’être à leur tour victimisé·es d) Parce qu’ils·elles pensent que les réseaux sociaux sont sans danger

Question 4 : Quelle est la différence majeure entre le slut shaming subi par les filles et celui subi par les garçons, selon les recherches ? a) Les garçons sont plus souvent insultés que les filles b) Les filles subissent des conséquences sociales plus graves (ostracisme, rumeurs) pour les mêmes comportements c) Les garçons sont toujours soutenus par leurs pairs d) Les filles sont moins touchées par les jugements sur leur apparence

Question 5 : Quelle piste d’action est recommandée pour prévenir le slut shaming en milieu scolaire ? a) Interdire l’accès aux réseaux sociaux b) Organiser des ateliers non mixtes puis mixtes pour confronter les représentations c) Sanctionner systématiquement les auteurs de rumeurs d) Supprimer les cours d’éducation à la sexualité

Partie 2 : Correction commentée

Question 1 : ✅ Réponse correcte : b) Une augmentation des risques de harcèlement, de culpabilisation et d’isolement 📝 Explication : Le slut shaming expose les jeunes filles à des violences verbales, sociales et psychologiques, tant dans la vie réelle que virtuelle. Les témoignages recueillis montrent des impacts lourds sur leur vie quotidienne et professionnelle

Question 2 : ✅ Réponse correcte : b) Des capsules vidéo de la campagne "Arrête.be" 📝 Explication : Ces vidéos, centrées sur la coercition sexuelle et la diffusion non consentie d’images, ont servi de support pour explorer les représentations des jeunes et activer des débats

Question 3 : ✅ Réponse correcte : b) Parce qu’ils·elles adhèrent aux mythes du viol et jugent que la victime "l’a cherché" 📝 Explication : Certains·tes jeunes justifient la culpabilité des victimes en invoquant leur tenue ou leur comportement, reproduisant ainsi des stéréotypes genrés et le victim blaming

Question 4 : ✅ Réponse correcte : b) Les filles subissent des conséquences sociales plus graves (ostracisme, rumeurs) pour les mêmes comportements 📝 Explication : Le double standard genré fait que les filles sont plus sévèrement jugées que les garçons pour des comportements identiques (tenue, nombre de partenaires)

Question 5 : ✅ Réponse correcte : b) Organiser des ateliers non mixtes puis mixtes pour confronter les représentations 📝 Explication : Cette approche permet d’abord d’exprimer des vécus spécifiques, puis de confronter les points de vue et de déconstruire les stéréotypes en groupe

Foire

Qu’est-ce que le slut shaming ? C’est le fait de critiquer, stigmatiser ou humilier une personne (surtout une femme) en raison de son apparence, de sa tenue vestimentaire ou de ses comportements sexuels, réels ou supposés. Cela peut prendre la forme d’insultes, de rumeurs ou de harcèlement, en ligne ou en présentiel

  1. Pourquoi le slut shaming touche-t-il surtout les jeunes filles ? Parce qu’elles sont soumises à des normes de "respectabilité" plus strictes que les garçons. Multiplier les partenaires ou s’habiller de manière jugée "provocante" est souvent sanctionné pour elles, mais valorisé pour eux

  2. Comment les réseaux sociaux amplifient-ils le slut shaming ? Ils permettent une diffusion rapide des images et rumeurs (sexting secondaire, revenge porn), avec des conséquences démultipliées (harcèlement organisé, cyberviolences)

  3. En quoi le slut shaming est-il lié au victim blaming ? Il alimente l’idée que la victime d’une agression ou d’un harcèlement est responsable de ce qui lui arrive, notamment à cause de sa tenue ou de son comportement

  4. Quels sont les signes qu’un·e jeune subit du slut shaming ? Isolement, changement de comportement, baisse de l’estime de soi, ou expressions de honte liées à sa sexualité ou son apparence

  5. Comment réagir en tant que professionnel·le face à une situation de slut shaming ?

    1. Écouter sans jugement et valider les émotions de la victime.
    2. Nommer le phénomène et expliquer son caractère inacceptable.
    3. Orienter vers des ressources (associations, cellules d’écoute) et impliquer l’établissement scolaire si nécessaire
  6. Quelles actions concrètes mettre en place en prévention ?

    1. Ateliers sur les stéréotypes de genre et le consentement.
    2. Sensibilisation aux risques du sexting et de la diffusion d’images intimes.
    3. Formation des équipes éducatives pour repérer et agir

Facile à lire et à comprendre

Titre : Le slut shaming, c’est quoi ?

1. C’est quoi, le slut shaming ? Le slut shaming, c’est quand on insulte ou on juge une personne. Surtout une femme ou une jeune fille. Parce qu’elle s’habille d’une certaine façon. Ou parce qu’elle a plusieurs partenaires. Ou parce qu’elle parle de sexualité.

On dit par exemple :

  • "Elle est une salope."
  • "Elle cherche l’attention."
  • "Elle l’a bien mérité."

C’est interdit. C’est une violence.

2. Pourquoi c’est grave ? Ça fait du mal. Ça peut donner :

  • De la honte.
  • De la tristesse.
  • Des problèmes à l’école ou au travail.
  • Des moqueries sur les réseaux sociaux.

Les filles sont plus touchées que les garçons. Même si elles font la même chose.

3. Que faire si ça arrive ?

  • En parler à un adulte de confiance.
  • Ne pas partager des photos ou des rumeurs.
  • Dire que c’est interdit.
  • Demander de l’aide à des associations.

4. Comment éviter le slut shaming ?

  • Respecter les choix de chacun.
  • Ne pas juger les autres.
  • Apprendre à dire non.
  • Parler du respect en classe ou en groupe

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